Où sont passés nos lieux communs?

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Où sont passés nos lieux communs?

(une prière à notre déesse Bêtise)

Lieux communs qui heurtent les croyances les plus élevées, par quel abus de confiance s’autorise-t-on de vous pour vivre à petites gorgées? Alors que par le vent stupide qui vous anime il fait si bon se laisser emporter.

Robert Desnos

Simple comme bonjour”, “libre comme l’air” – si ces lieux sont communs, c’est d’une façon apparemment trompeuse. La moindre vie collective apprend que le bel idéal d’un bon jour n’a rien de simple – la politesse s’apprend et nos jours sont loin d’être toujours bons. Quant à l’air, la moindre connaissance retient plutôt son poids et sa force, son volume et son énergie: nulle liberté ici, mais des faits sous des lois, une physique rudement contrainte.

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Demander à Witold

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Faire avec:

Witold Gombrowicz

(1) Bakakaï (1933 & 1957), trad. Allan Kosko & Georges Sédir, éd. Gallimard 1998

(2) Ferdydurke (1937), trad. Georges Sédir, éd. Gallimard 1995

(3) Les envoûtés (1939), trad. Albert Mailles, Hélène Wodarczyk & Kinga Fiatkowska-Callebat, éd. Gallimard 2000

(4) Théâtre – édition établie et présentée par Rita Gombrowicz, Gallimard 2001 :

Yvonne princesse de Bourgogne (1938) – trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

Le mariage (1948) – trad. Koukou Chanska & Georges Sédir

L’histoire (Opérette) – trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

Opérette (1966)trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

(5) Trans-Atlantique (1951), trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau, éd. Denoël 1976

(6) Journal, Tome I 1953-1958, trad. Dominique Autrand, Christophe Jezewski & Allan Kosko, éd. Gallimard 1995

(7) La pornographie (1960), trad. Georges Lisowski, éd. Gallimard 1995

(8) Cosmos (1965), trad. Georges Sédir, éd. Denoël 1966

(9) Journal, Tome II 1959-1969, trad. Dominique Autrand, Christophe Jezewski & Allan Kosko, éd. Gallimard 1995

(10) Cours de philosophie en six heures un quart (posth. 1971), éd. Payot & Rivages 2012

Ouvrages cités ci-dessous en italiques de 1 à 10 suivi de la pagination

Demander à Witold

Faire connaissance

Pas la peine de pousser, celui-là n’a jamais rien fait qu’écrire d’un seul tenant et aboutissant. Tel lecteur italien, à la toute fin, résume comme ça (10,15-32-53): pour Gombrowicz, la réalité effective de l’être humain est irrémédiablement perdue. Comme lui-même: être homme c’est simuler l’homme – ce qu’on peut lui demander c’est de prendre conscience de l’artifice de son état et de le confesser… Je commence à croire que je suis l’auteur d’une œuvre philosophique en plusieurs volumes… Nous faisons de la philosophie car c’est obligatoire. C’est fatal. Nous autres lecteurs d’aujourd’hui songeons pas moins que son Jeannot (4,242): tes pensées sont lucides, mais tu me fais une drôle d’impression, ou son Henri (4,272): personne ne peut parler normalement avec personne.

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Montrer ce qui se montre : répertoire d’épreuves

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Faire avec :

Jacques Lacan, Télévision, éd. Seuil 1974 (1)
Jacques Derrida, L’animal que donc je suis, éd. Galilée 2006 (2)
Daniel Cefaï & Carole Saturno (dir.), Itinéraires  d’un pragmatiste – Autour d’Isaac Joseph, éd. Economica 2007 (3)
Catherine Malabou, Changer de différence – le féminin et la question philosophique, éd. Galilée 2009 (4)
Philippe Descola, L’écologie des autres – L’anthropologie et la question de la nature, éd. Quæ 2011 (5)
Günther Anders, Aimer hier – Notes pour une histoire du sentiment (New York 1947-1949), Fage éd. 2012 (6)
Isabelle Delpla, La justice des gens – Enquêtes dans la Bosnie des nouvelles après-guerres, éd. Presses Universitaires de Rennes 2014 (7)

En italiques ci-dessous, extraits repérés 1 à 7 suivi de la pagination

Montrer ce qui se montre : répertoire d’épreuves

Éventail ou fantôme, le spectre de l’énigme nommée « présent » est supposé ici habiter comme il peut ces livres disparates. Comme eux, il ne traite d’actualité qu’en action, comète plongée dans la proximité d’un avoir-été et d’un à-venir plus soucieux de nourrir aujourd’hui que renvoyer à hier ou demain. « Soucieulogue », dit l’un (3,6) en reprenant une amicale suggestion. Comme eux, il ne touche à tout qu’avec les outils minutieux de l’attention particulière, chaque fois comme une fois exemplaire, cette fois – ou cette foi ? – des histoires qui ne commencent que si et parce qu’on les écoute pour les reprendre encore. Comme eux enfin, sans porteur ni vecteur commun (quel véritable présent serait commensurable?), il ne flotte qu’en halo de différences cherchant leur singularité en signalant leur position (3,48), moins code que chiffre (1,21), énonciation plus que conception (1,71), évitant certes la réification mais aussi la désincarnation (4,43), suivant trace plutôt qu’empreinte (4,72), reconfigurations plus que transparences et même reconnaissances (7,277), travaillant peut-être à ce que l’un d’eux (2,51) appelle limitrophie au sens large et strict : ce qui avoisine les limites mais aussi ce qui nourrit, se nourrit, s’entretient, s’élève et s’éduque, se cultive aux bords de ces limites.

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Sur le même bateau

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à propos de:

William B. Cohen, Français et AfricainsLes Noirs dans le regard des Blancs 1530-1880 (1980); trad. Camille Garnier, éd. Gallimard-Nrf 1981.

Paul Gilroy, L’Atlantique noir Modernité et double conscience (1993); trad. Jean-Philippe Henquel, éd. Kargo 2003.

Homi K. Bhabha, Les lieux de la culture – Une théorie postcoloniale (1994); trad. Françoise Bouillot, éd. Payot 2007.

Jean-François Bayart, L’illusion identitaire, éd. Fayard 1996.

Adame Ba Konaré (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, éd. La Découverte 2008.

Sur le même bateau

ou

Petite histoire de Pincemi et Pincemoi

Noirs” et “blancs” n’ont guère plus cours qu’aux dames et aux échecs, c’est une bonne nouvelle, quelle que soit l’agitation résiduelle de ce fond de boîte. S’il est vrai que la boîte résiste, ces livres ne sont que l’infime trace d’un ouvre-boîte très emprunté, au point de laisser croire pour une fois à une clairvoyance généralisée: plutôt qu’y voir double, nous recommençons à déceler la coloration de multiples nuances – mêmes grises, et même la nuit – là où la binarité blanc-noir faisait un monde jouable, mais invivable.

Pour une fois tourné en arrière, le regard occupé des choses et des gens ordinaires s’aperçoit que “la science”, “l’expertise”, “la recherche” ne sont plus si en retard que ça… Joie! On dirait bien que leurs pas traînants finissent par deviner ou tâter l’évidence, cette obscurité des commencements, petite luciole de bout de tunnel dans la lumineuse clarté de laquelle tout le monde avance, souvent ébloui certes. Les rôdeurs de barrières suivent, clopinent, lâchent quelques vérités bien senties, s’occupent même de ceux qui restent bloqués, bouchés, très loin derrière.

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Épilogue

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À

LA SANTÉ

DE

L’OPINION

Épilogue

Elle est loin, la peur de l’opinion. Sa traîne même est loin, et son cortège de dénis, de ruses, de clins d’œil, de sourires entendus par “ceux à qui on ne la fait pas”. Les pages précédentes ont essayé comme elles ont pu de débarrasser ces ridicules, si constamment grimés en autorité, en mépris, quand ce n’est pas haine. Elles ont cherché à vérifier un très simple fait, l’évidence d’une expérience aussi banale que la bêtise – mais qui revient à repousser celle-ci joyeusement. On aura essayé ici de faire cette expérience, c’est-à-dire de la montrer à l’œuvre ou à l’ouvrage – et si ces mots sont trop grands aujourd’hui, à l’atelier ou à l’établi, c’est-à-dire en lieux, propos, choses et gens sans nom ou dont les noms importent moins que la présence qu’ils incarnent devant et derrière nous, mais parmi nous.

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Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !

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À propos de : Robert MUSIL, Journaux, tome II; traduction établie et présentée par Philippe Jaccottet d’après l’édition allemande d’Adolf Frisé ; éd. du Seuil 1981.

Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !1

Dix… vingt… et même cent? Vingt-cinq années après cette publication prenons l’occasion aux cheveux, puisque les décennies qui nous écartent de Musil nous rapprochent là-dessus. Son exclamation désolée prend aujourd’hui des allures d’évidence insupportable2. Clamé encore ici ou là, le “Plus jamais ça!” est-il autre chose qu’un nœud de langue de bois?

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La bible d’Hollywood – Ruth

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Lecture critique de « lieux communs »

dans la Bible

(traduction Segond)

La bible d’Hollywood

Ruth

Manège de l’inauguration et cycle de la critique: trois petits tours

On dira moins que ce texte est trop connu. Nonobstant notre Hugo qui ne recule devant rien, le livre de Ruth n’appartient guère, comme L’Ecclésiaste ou Jonas par exemple, au fonds mythique de notre culture. Qui a “déjà lu” Ruth? C’est pourtant – Victor le savait – une “belle histoire”, un conte, un récit charmant. L’austère mythologie s’y trouve réduite à une aimable mystification moralisatrice, un peu bêbête (“l’ambiance biblique”) – exotisme de paix patriarcale et de troupeaux bêlants, barbe d’argent et soleil couchant sur l’oasis aux lions… la Bible d’Hollywood! À quoi bon lire ce livre, si c’est frivolité béate?

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