Passé = pas sans

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Faire avec :

Georges Mink et Pascal Bonnard (dir.)

Le passé au présent – Gisements mémoriels et actions historicisantes en Europe centrale et orientale

Michel Houdiard éditeur 2010

Extraits cités ci-dessous en italiques avec pagination

Passé = pas sans

Mes notes dites “balkanisées” le sont par leurs objets (quelques dizaines de publications ad hoc) mais aussi par leur propre assujettissement: quoi de mieux ou pire que la Toile pour indiquer l’éclatement continu, aussi accessible que peu perceptible? “Feux d’artifice”, affichait le titre d’une de ces notes dont on ne sait trop si elles disent les lectures ou le lecteur – éclair que Péguy voyait en reconnaissance radicale: lire vraiment, ce serait “la coïncidence en acte du lu et du lisant” (Camille Riquier). Plutôt qu’éclair ou coïncidence, la même note visait (et vise encore, comme toutes les autres) un simple “correspondre” – d’ailleurs interrogatif.

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Israël-en-Palestine, notre affaire

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À propos de:

Revue De l’autre côté, éditée par l’Union Juive Française pour la paix(UFJP); n° 1 à 4 (2006-2008).

(Toutes les citations en italiques sont extraites de ces numéros)

Israël-en-Palestine, notre affaire

Cette affaire est de celles qu’on est tenté de dire légion, à ceci près qu’elle tiendrait plutôt le haut du panier. Le découragement vient d’abord avec la honte: tout se passe comme si les “conflits”, nos guerres civiles en réalité, identifiaient les “peuples” que nous prétendons être. Qui ou quoi sommes-nous en effet, sinon ceux par qui arrivent et se propagent à coups de proliférations diplomatiques et militaires, humanitaires et techniques, les malheurs et les scandales, les massacres et les terreurs? Qui dira où commencent et où s’achèvent les fils imbriqués en d’aussi inextricables nœuds? L’affaire en question n’est même pas un nœud, tant les mots succédant aux morts viennent à manquer ici plus qu’ailleurs: entre champignon atomique et trou noir, explosion et implosion, quelle métaphore pourrait rendre compte de soixante ans de catastrophes? Drôle d’aliénation que la nôtre: elle consistait jadis à étrangéiser l’ordinaire, c’est à s’habituer au pire qu’on s’applique. Monde global, dit-on, mais c’est l’immonde que nous partageons au fil d’une information publique experte au “c’est comme ça” privé de tout et d’abord de la moindre raison, d’agir ou de penser.

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Qu’appelle-t-on “faire la paix” ? Réfléchir à nos pratiques en temps de guerre

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À propos de:

Marc Le Pape, Johanna Siméant, Claudine Vidal (dir.) : Crises extrêmes – Face aux massacres, aux guerres civiles et aux génocides; éd. La Découverte 2006. (cité ici sous CE)

Sandrine Lefranc (dir.) : Après le conflit, la réconciliation?; éd. Michel Houdiard 2006. (cité ici sous CR)

Qu’appelle-t-on “faire la paix” ?

Réfléchir à nos pratiques en temps de guerre

En un peu plus de trente articles (interventions à deux colloques universitaires de 2004 et 2005) ces livres recensent ou évaluent nos façons relativement récentes de nous débrouiller avec le pire. L’histoire est ainsi, qu’on la vise comme ce qu’il s’est passé ou comme ce que nous croyons qu’il s’est passé: dans tous les cas c’est le pire qui pose problème, et nous aimerions bien résoudre nos problèmes. Les conflits concernés sont ceux que la décennie passée imprime de souvenirs ou d’expériences douloureux (Rwanda, ex-Yougoslavie…), mais aussi ceux dont la mémoire plus ou moins oublieuse conserve l’inquiétude (Biafra, Cambodge, Guatemala, Chili…). Au-dessus, ou bien au fond, l’étonnement confus devant la destruction des hommes par des hommes (une définition du “génocide” date de 1948) ajoute son ombre à l’intérêt de ces recherches actuelles. Que nous apprennent-elles?

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Une grammaire conditionnelle des peuples européens: les Balkans

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À propos de:

Paul GARDE

Vie et mort de la Yougoslavie, éd Fayard 1992, nouvelle édition 2000 – cité ici sous VMY

Le discours balkanique – Des mots et des hommes, éd. Fayard 2004 – cité ici sous DB

Une grammaire conditionnelle des peuples européens:

les Balkans

Que peut la science? Naïveté (si la science pouvait! si le pouvoir savait!), la question s’impose pourtant à la lecture de ces essais remarquables, de ces quasi mille pages qu’on peut présenter en trois lignes. Plus de trente années de slavistique apprise et enseignée, que doublent autant d’années de parcours du terrain balkanique en tout sens, et qu’achève le pire: l’atroce “encore” de l’imbécile “plus jamais ça”. Les titres font ce qu’ils peuvent pour aborder autrement l’affaire qu’avec un cri ou bien un colt. “Vie et mort” sonne comme une évidence: ce qui vit n’a-t-il pas à mourir comme tout ce qui vit? Et “discours” calme la guerre en jeu: des mots, n’est-ce pas? Il y a plus sérieux, tout de même, quoique Camus y ait rappelé certains malheurs1 .

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Que dire, si dire ne fait rien ? Que faire, si faire ne dit rien ?

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À propos de:

Predrag Matvejevic, Vidosav Stevanovic, Nikola Kovac, Ivan Djuric, Francis Combes, Christian Petr:

ex-Yougoslavie Sarajevo, le miroir brisé; éd. Le temps des cerises 1995 (cité ici sous SMB)

Predrag Matvejevic, Vidosav Stevanovic, Zlatko Dizdarevic:

Ex-Yougoslavie, Les seigneurs de la guerreMilosevic, Tudjman, Karadzic, Mladic, Seselj, Arkan, Susak et les autres… ; éd. L’esprit des péninsules 1999 (cité ici sous SLG)

Paul Garde:

Fin de siècle dans les Balkans – 1992-2000,analyses et chroniques; éd. Odile Jacob 2001 (cité ici sous FSB)

Vidosav Stevanovic:

Voleurs de leur propre libertéJournal de la solitude; traduit du serbe par Mauricette Begic et Nicole Dizdarevic, éd. L’esprit des péninsules 2003 (cité ici sous VPL)

Isabelle Delpla (articles)

Justice internationale et réconciliation: les plaidoyers de culpabilité, un paradigme rhétotrique?, in Après le conflit la réconciliation? ss la dir. de S. Lefranc, éd. Michel Houdiard 2006 (cité ici sous JIR)

Incertitudes privées et publiques sur les disparus en Bosnie-Herzégovine, in Crises extrêmes, ss la dir. de Le Pape, Siméant et Vidal, éd. La découverte 2006 (cité ici sous IPD)

Que dire, si dire ne fait rien?

Que faire, si faire ne dit rien?

Ces questions tournent depuis si longtemps qu’il y a quelque grossièreté à s’en laisser saisir. Moins tournantes qu’errantes, se dit-on: le saisissement court le risque du divertissement, quand l’action, elle, bonne ou mauvaise, n’attend pas. Agir n’est ni faire ni dire – train lancé, entrain que nul ou tous entraînent, entraînés ou embarqués que nous sommes, n’est-ce pas? Pas besoin de questions donc: cette histoire ne se fait sans doute pas sans nous mais nous n’y pouvons pas grand’chose, nous autres subalternes, tout juste bons à croire que nous faisons ce que nous pouvons et disons ce que nous pensons.

Pour peu cependant qu’on tâche de penser ce que nous disons, de juger ce que nous faisons, les mêmes questions reviennent comme frelons. Les rudes épisodes balkaniques de ces quinze dernières années, même entre autres, sont de ceux qui travaillent ainsi, vrombissant de leurs séquelles ponctuées par les “nouvelles” – piqûres de rappel. Un tribunal international est encore là qui fait régulièrement parler de lui; telle ou telle manifestation est encore ici (anniversaire ou pétition, urgence ou souvenir) qui signalent que d’autres vivent ou meurent, à l’instant, de ce passé. “Autres”? “Passé”? C’est justement ce que le train de l’action, la machine de l’histoire, ne dit pas, indifférente qu’elle est à tout définitif, arrêt ou diktat. Elle passe mais ne laisse rien passer si laisser passer veut dire connaître une fois pour toutes. Son ironie est fameuse: elle ne laisse rien passer parce qu’elle laisse tout passer.

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Pièces rapportées, morceaux choisis : notre histoire bricolée

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À propos de:

Nikola KOVAC: Bosnie, le prix de la paix; éd. Michalon 1995 (cité ici sous B).

Yves LAPLACE: Considérations salutaires sur le désastre de Srebrenica; éd. du Seuil 1998 (cité ici sous C).

Martine STORTI: Cahiers du Kosovo – L’urgence de l’école; éd. Textuel 2001 (cité ici sous K).

Dubravka UGRESIC: Le musée des redditions sans condition; traduit du serbo-croate par Mireille Robin; éd. Fayard 2004 (cité ici sous M).

Ouvrage collectif: “Sta Ima?” – Ex-Yougoslavie, d’un État à d’autres; éd. L’œil électrique- Guernica ADPE 2005 (cité ici sous ST).

Pièces rapportées, morceaux choisis :

notre histoire bricolée

Les mots les meilleurs sont ceux que nous cherchons en vain.”

Ivo Andric

Peut-on dire ce qui se passe? Art ou science, exercice quotidien ou tâche ordinaire, pouvoir et devoir naturels en somme: comment répondre à cette question souvent évidente, parfois torturante? Montage et démantèlement du puzzle “yougoslave” – qui ont demandé le même laps (on n’ose dire: durée) que ceux du “communiste” – font un objet-obstacle spécialement retors à la question. C’est que nous en sommes – à la fin de cette histoire – au temps non seulement des cartes sur table (de Versailles à Yalta puis Dayton, le jeu des cartes n’a jamais manqué, entre départ et commencement hélas) mais surtout de l’information et de la communication ouvertes, disponibles tous azimuts de nos jours.

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Nous autres gens de Bosnie-Herzégovine

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À propos de:

Xavier Bougarel

Bosnie – Anatomie d’un conflit; éd. La Découverte, coll. Les dossiers de l’état du monde, 1996

(sauf indication contraire, toutes les références sont empruntées aux pages de cette édition).

Nous autres gens de Bosnie-Herzégovine

ou

L’expert et la porcelaine

Nos questions communes sont souvent bêtes, ou naïves. Que diable allions- nous faire dans cette galère? Comment se fait-il (“se”, “il”: drôle de personne, non?) qu’arrive ce que nous n’avions pas voulu mais qui n’arrive pas sans nous? Il y a bien un mot pour cela, “responsabilité”, mais ce mot s’entend peu ou mal, comme les grands mots peu avares d’ombres et de lumières, émanant une aura vite dévoreuse de sens par trop-plein. Hier encore nous prétendions ne pas savoir assez pour savoir; aujourd’hui, nous répétons à l’envi savoir beaucoup trop pour savoir (c’est si compliqué, n’est-ce pas?). Innocence et culpabilité, morale et politique, pénal et juridique, médiatique et historique, subjectivité et objectivité, passion et neutralité, arbitraire et convention, vengeance et répétition… Très vite on n’en finit plus de se perdre en rapports, angles, dimensions, faits, événements, objets et sujets dont la diversité – et leur interdépendance par-dessus – décourage la compréhension, si comprendre c’est embrasser d’un seul tenant (“maintenant”, dit notre langue).

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Comment faire parler le monde ?

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À propos de:

Élisabeth Claverie, Les guerres de la vierge – Une anthropologie des apparitions, éd. Gallimard, coll. NRF essais, 2003. (cité ici sous GV)

Isabelle Stengers, La vierge et le neutrino; éd. Les Empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, 2006. (cité ici sous VN)

Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes – Essai d’anthropologie symétrique (1991), éd. La Découverte-Poche 2006. (cité ici sous JM)

Changer de société – Refaire de la sociologie, éd. La Découverte, coll. Armillaire, 2006. (cité ici sous CS)

 

Comment faire parler le monde ?

Cette approche doit se défendre contre la tentation du commentaire,

soumettant ce dont on n’a pas expérimenté

la pratique à ce que l’on croit en savoir.

Isabelle Stengers (VN, p.225)

Nous tenons à tout, au point que la percluse “indépendance” ne marche plus guère que sur les vieilles pistes empruntées par la paresse, voire les mensonges. Mais nous ne tenons à rien, au point que le vieux romantisme de solitude n’est plus que souffrance d’isolement. Millions d’éclats de l’individualisation, ce miroir brisé – semblables reflétant encore tous les semblables mais saisissant mal ou peu la semblance. Bizarrerie: les temps sont à une solidarité matérielle ou sentie (les nouvelles de bout du monde me touchent dans l’instant, à peine décalées de ce qu’elles prétendent montrer) qui est la même chose qu’un sentiment d’impuissance. Nous “y” sommes – pour tout et rien à la fois. Au mieux, c’est-à-dire souvent au pire, nous nous “arrangeons”: ce qui arrive quand l’engagement ne nous regarde plus guère que de son mauvais œil, militantisme aveugle et sourd ou bien récupération vide. Il faudrait quoi? Des sciences peut-être – une connaissance relevant (de) ce même sens que la “réalité” si étrange vole en le livrant. Il faudrait comprendre (écouter, voir): nous faire parler mais pas nous seulement – plutôt troisième et même quatrième personne certes plurielle mais pourtant nôtre tenant à tant de fils aussi peu visibles que résistants.

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Nos guerres et leurs paix : l’épreuve européenne de la Bosnie

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À propos de:

Le nettoyage ethnique – Documents historiques sur une idéologie serbe, rassemblés, traduits et commentés par Mirko Grmek, Marc Gjidara et Neven Simac; éd. Fayard 1993; seconde édition Le Seuil, coll. “Points Histoire” 2002 (cité ici sous: NE)

Opérations des Nations Unies – leçons de terrain: Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie; symposium sous la direction du Général Jean Cot, éd. Fondation pour les Études de Défense 1995 (cité ici sous: ONU)

A. Chauvenet, V. Despret, J.-M. Lemaire: Clinique de la reconstruction – Une expérience avec des réfugiés en ex-Yougoslavie; éd. L’Harmattan, coll. santé, sociétés et cultures 1996 (cité ici sous: RC)

Général Jean Cot, Demain la Bosnie; éd. L’Harmattan 1998 (cité ici sous: DB)

David Albahari, Goetz et Meyer; traduit du serbe par G. Iaculli et G. Lukic, éd. Gallimard-Nrf, coll. Du monde entier, 2002 (cité ici sous: GM)

Nos guerres et leurs paix :

l’épreuve européenne de la Bosnie

Brisez mon cœur, mais ne le déchirez pas!”

Balzac, Louis Lambert.

 » Tout cela est simple, très simple. Demain ce sera plus simple encore.

Si simple qu’on ne pourra plus rien écrire d’intelligible

sur le malheur des hommes dont les causes immédiates

décourageront l’analyse. « 

Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune

Ces ouvrages ne sont certes pas les seuls à précéder, suivre ou rendre compte d’une paix (accords de Dayton, 1995) qu’une décennie, passée la guerre, fait voir très pâle. Toute paix comme toute guerre est un monde1 dont il s’agit ici de prendre au moins une mesure, et le monde que dessinent les livres n’est pas la plus mauvaise façon de procéder: les livres sont aussi nombreux que divers et notre expérience l’est encore davantage. Supposons donc que ces cinq-là iront aussi bien à ce qui fait l’expérience, le lent mouvement de sa réalisation, retournant ses effets en causes nouvelles, changeant son allure aux degrés de sa reconnaissance, modifiant autant remèdes en poisons que poisons en remèdes. « Documents historiques », dit le premier dont l’avance mérite hélas sa réédition dix ans plus tard, « leçons » dit le second, « reconstruction » dit le troisième, « demain » confirme le suivant, tandis que le dernier, entre histoire et récit, tente de repeupler un vide vertigineux. Autant de signes de l’après que l’avant détermine – la question venant de chercher si c’est pour le commencement du meilleur ou le recommencement du pire.

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