De la télé partout, avec n’importe qui ?

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La longue marche des télévisions associatives

Les cahiers de champs visuels n°4/5 janvier 2010

Coordination: B. Cailler, G. Pineau & Ch. Pradié

éd. L’Harmattan 2010

De la télé partout, avec n’importe qui?

Qui “regarde la télé” sait qu’il est regardé. Déjà très heureusement exploré (par exemple Dominique Boullier, La télévision telle qu’on la parle – Trois études ethnométhodologiques 2003; Éric Macé, La société et son doubleUne journée ordinaire de télévision 2006, Les imaginaires médiatiques – Une sociologie postcritique des média 2006), ce jeu de réciprocité inégale, comique ou tragique, laisse de côté une autre question, tout aussi pratico-théorique mais tout à fait récente pour cause technique, celle de l’accès (aujourd’hui réalisé) aux “moyens” (réputés jusqu’ici inaccessibles) de ce mass-media qu’on dit si puissant.

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QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

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À propos de :

Dominique BOULLIER, Derrière chez moi… Le bois de Sœuvres à Rennes; éd. Textuel 2001. (1)

Patrick CINGOLANI, La république, les sociologues et la question politique; éd. La Dispute 2003. (2)

Philip PETTIT, Penser en société – Essais de métaphysique sociale et de méthodologie; tr. fr. A. Bouvier, B. Guillarme, P. Livet, A. Ogien; éd. PUF 2004. (3)

James SUROWIECKI, La sagesse des foules; tr. fr. E. Riot; éd. JC Lattès 2008. (4)

Serge REGOURD, Vers la fin de la télévision publique? Traité de savoir-vivre du service public audio-visuel; éd. de l’attribut 2008. (5)

Dominique CARDON & Fabien GRANJON, Médiactivistes; éd. Presses de la FNSP 2010. (6)

Alain BADIOU, Pierre BOURDIEU, Judith BUTLER, Georges DIDI-HUBERMAN, Sadri KHIARI, Jacques RANCIÈRE, Qu’est-ce qu’un peuple?; éd. La fabrique 2013. (7)

Extraits de ces ouvrages, repérés ci-dessous en italiques de (1) à (7)

QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

Extraire de publications plutôt récentes une poignée de celles qui répondraient à cette question relève évidemment de la bizarrerie. “On” n’est pas un sujet. L’assujettissement ici ne renverrait qu’à l’indéfendable arbitraire, récent ou pas. “On” est partout donc nulle part, de tout âge, terrain ou domaine, donc d’aucun – passoire ou filtre absurde, capable d’arrêter ou laisser passer au hasard moucherons ou chameaux, puces comme éléphants. Pourquoi diable tenter de suivre pareil non-sujet?

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Que faire de nos écrans ?

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à propos de:

Dominique Boullier

(1) La télévision telle qu’on la parle – Trois études ethnométhodologiques, éd. L’Harmattan 2003.

(2) avec Franck Ghitalla, Pergia Ghouskou-Giannakou, Laurence Le Douarin, Aurélie Neau: L’outre-lecture – Manipuler (s’)approprier, interpréter le Web, éd. Bibliothèque publique d’information/Centre Pompidou 2003.

Éric Macé

(3) La société et son doubleUne journée ordinaire de télévision, éd. Armand Colin & Institut National de l’Audiovisuel 2006.

(4) Les imaginaires médiatiques Une sociologie postcritique des médias, éd. Amsterdam 2006.

extraits repérés de (1) à (4) cités ci-dessous en italiques

Que faire de nos écrans?

Médiatique” semble un gros mot si l’on songe que nous existons dans cette eau comme poissons à peine nageurs ou baigneurs, plutôt imbus et fondus dans le milieu du flux. Les temps qu’il fait ou qui passent sont-ils seulement montrables, distincts, distants? Ainsi de nos écrans, pas plus sensibles que le halo continu de leur diffusion, fond et bruit d’une atmosphère naturalisée. Écrans/écrins, voiler/dévoiler, médias/immédia(t)s, monde/immonde, aveu/déni…: on sait combien d’étonnantes contradictions tentent de décrire cet air qu’on respire, cet aliment qui nous tient, cet “ordinaire” enfin dont l’extraordinaire même passe en carburant quotidien. D’où, entre ces deux pôles de faits (le flux qui emporte) et d’idées (que diable se passe-t-il?), le fil tendu d’une litanie à peine éveillée, toujours renouvelée: T’as vu? T’as entendu? T’as lu? T’es au courant? Et ainsi de suite.

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Tout comprendre et rien changer : le destin de l’intelligence ?

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à propos de:

Serge Proulx (dir.), Accusé de réception – Le téléspectateur construit par les sciences sociales; éd. Les Presses de l’Université Laval 1998

Madeleine Akrich, Michel Callon, Bruno Latour, Sociologie de la traduction – Textes fondateurs; éd. Ecole des Mines de Paris, coll. Sciences Sociales 2006

Stuart Hall, Identités et cultures – Politique des “Cultural Studies”, édition augmentée établie par Maxime Cervulle, trad. Christophe Jaquet, éd. Amsterdam 2008

Tout comprendre et rien changer :

le destin de l’intelligence ?

Face à l’urgence de personnes qui meurent dans les rues, quel peut bien être,

au nom de Dieu, l’intérêt des Cultural Studies? (…)

C’est comme si, afin de se protéger eux-mêmes contre une éventuelle défaite,

il leur fallait feindre de comprendre toutes choses et de faire comme si rien n’avait jamais changé.

Stuart Hall (1992)1

On dit “sciences sociales” à tort et à raison. À raison parce qu’on voit mal comment observer sérieusement notre monde sans recherche objective; à tort parce qu’on voit mal comment cette objectivité peut se soustraire à ce qu’elle est censée observer. Identifications incertaines mais continues, nos plus ou moins mal nommées “sociétés” vibrent à ce que l’on dit d’elles, la plus ou moins bien nommée “médiatisation”, aujourd’hui planétaire. Livre d’enquête, texte théorique ou pratique, discours savant – mais aussi opinion déclarée, article publié, point de vue répété jusqu’au stéréotype: tout est traitement. “Traiter”, c’est moins “entre” que “parmi”, moins moyen que milieu: trahir et transmettre, traduire et transformer, traverser et informer, faire voir et déformer. La “révolution” de la connaissance est celle des choses même: à bien regarder et transcrire, à bien noter et observer, nul ni rien ne quitte la vaste prison des conditions – indépassables, sans surplomb ni abstraction. Là-dessus, on n’a jamais manqué de s’agiter, de se distraire, et le plus souvent à plusieurs: idéalismes contre réalismes, relativismes contre absolutismes, universalismes contre culturalismes. Cieux et terres ainsi couverts de barbouillages toujours “nouveaux” iraient bien si, pendant ce temps, la vie sociale elle-même prenait une couleur plus tendre. Or, c’est ce qu’il est difficile de croire. Mieux nous comprenons ses nuances, ses feintes et ses mensonges, plus l’agaçante et grise “réalité” en promet d’autres – on peut toujours courir, on n’en finira jamais.

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« Nous savons bien mais quand même… » L’exemple de la revue Cosmopolitiques

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« Nous savons bien mais quand même… »

L’exemple de la revue Cosmopolitiques

Musil écrit quelque part la propension à vivre-de quand on renonce à vivre-dans ; le feu, par exemple, ne va pas si mal en spectacle de cheminée. On pourrait aussi bien songer à vivre-avec, ce tiers morceau choisi de nos accointances possibles. Ici entre autres, telles éthologues remarquent le contraste majeur entre deux modes d’élevage : vivre-avec ou vivre-de, domestication et exploitation1. Les cinq années de la revue Cosmopolitiques explorent ce tiers état sans lasser ni se lasser. On y voit les principes ou les fins qui nous font vivre, accompagnés des faits, actions ou moyens dont on pourrait bien vivre, mais aussi des risques et des objections, des fausses pistes et des dérapages qui font de la vie une course plus ou moins bien ou mal ralentie. On pourrait y voir l’œuvre difficile de toute association – dont celle qu’on appelle un peu vite « société » – misant à la fois sur la réciprocité et l’asymétrie des partenaires. On pourrait y voir la version longue et très peuplée de l’espace herbeux que les Islandais montrent aux visiteurs sous le nom de Althing, décrit comme « le plus vieux parlement d’Europe ». On y voit surtout la visée d’une démocratie dont l’essence est l’incertitude acceptée mais aussi contrôlée, incertitude et complexité dûment apprises d’une écologie comme science, appliquée ici à explorer et si possible composer un peuple ou un monde comme un seul monde où nous ne sommes évidemment pas seuls. On n’hésite donc pas à faire avec – suivre au moins, accompagner peut-être et dialoguer au plus – ces remarquables éclats de ce qu’on se surprend à considérer comme l’évidence divinement déclarée : nous n’avons jamais agi ni pensé autrement qu’ainsi, loin des faux semblants mais tout près des malentendus révélés autant que des réalités cachées.

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