« Balkanisation »: pour en finir encore, ou pour recommencer?

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Faire avec :

Anne Madelain,

L’expérience française des Balkans (1989-1999)

Presses universitaires François-Rabelais, 2019

(extraits cités ci-dessous en italique, avec pagination)

«Balkanisation»:

pour en finir encore,

ou pour recommencer?

Comment faire autrement que lire ce livre/thèse en regard des «lectures balkanisées» où je range mes sottises non repenties? Ainsi dit-elle, au mitan de cette publication (162):

Il s’agit ici de questionner les effets de l’appartenance au collectif France, ainsi qu’à d’autres collectifs plus circonscrits, sur les souvenirs que conservent les individus à propos des Balkans.

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Jeux de massacres : mode d’emploi?

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À propos de:

Florence HARTMANN, Paix et châtiment – Les guerres secrètes de la

politique et de la justice internationales; éd. Flammarion, 2007.

Jeux de massacres: mode d’emploi?

Dans une vraie tragédie, en fait, ce

n’est pas le héros qui meurt, mais le

chœur.

Iosif Brodskij

Dall’esilio (1987)

Ex-porte-parole de Carla Del Ponte (procureur dont plus de huit ans de fonction au Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie couvrent une grande moitié de la durée actuelle de ce dernier), journaliste ayant amplement fait la preuve que l’impudeur et les contraintes du reportage ne brisent pas nécessairement l’engagement ni la lucidité (Milosevic – La diagonale du fou, éd. Denoël 1999), Florence Hartmann pourrait bien figurer ou incarner ce que “la presse” (si bien nommée: écrasante!) et “les médias” (si mal nommés: ils médiatisent quoi?) s’acharnent à faire disparaître: la matière à correspondre.

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Israël-en-Palestine, notre affaire

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À propos de:

Revue De l’autre côté, éditée par l’Union Juive Française pour la paix(UFJP); n° 1 à 4 (2006-2008).

(Toutes les citations en italiques sont extraites de ces numéros)

Israël-en-Palestine, notre affaire

Cette affaire est de celles qu’on est tenté de dire légion, à ceci près qu’elle tiendrait plutôt le haut du panier. Le découragement vient d’abord avec la honte: tout se passe comme si les “conflits”, nos guerres civiles en réalité, identifiaient les “peuples” que nous prétendons être. Qui ou quoi sommes-nous en effet, sinon ceux par qui arrivent et se propagent à coups de proliférations diplomatiques et militaires, humanitaires et techniques, les malheurs et les scandales, les massacres et les terreurs? Qui dira où commencent et où s’achèvent les fils imbriqués en d’aussi inextricables nœuds? L’affaire en question n’est même pas un nœud, tant les mots succédant aux morts viennent à manquer ici plus qu’ailleurs: entre champignon atomique et trou noir, explosion et implosion, quelle métaphore pourrait rendre compte de soixante ans de catastrophes? Drôle d’aliénation que la nôtre: elle consistait jadis à étrangéiser l’ordinaire, c’est à s’habituer au pire qu’on s’applique. Monde global, dit-on, mais c’est l’immonde que nous partageons au fil d’une information publique experte au “c’est comme ça” privé de tout et d’abord de la moindre raison, d’agir ou de penser.

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Qu’appelle-t-on “faire la paix” ? Réfléchir à nos pratiques en temps de guerre

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À propos de:

Marc Le Pape, Johanna Siméant, Claudine Vidal (dir.) : Crises extrêmes – Face aux massacres, aux guerres civiles et aux génocides; éd. La Découverte 2006. (cité ici sous CE)

Sandrine Lefranc (dir.) : Après le conflit, la réconciliation?; éd. Michel Houdiard 2006. (cité ici sous CR)

Qu’appelle-t-on “faire la paix” ?

Réfléchir à nos pratiques en temps de guerre

En un peu plus de trente articles (interventions à deux colloques universitaires de 2004 et 2005) ces livres recensent ou évaluent nos façons relativement récentes de nous débrouiller avec le pire. L’histoire est ainsi, qu’on la vise comme ce qu’il s’est passé ou comme ce que nous croyons qu’il s’est passé: dans tous les cas c’est le pire qui pose problème, et nous aimerions bien résoudre nos problèmes. Les conflits concernés sont ceux que la décennie passée imprime de souvenirs ou d’expériences douloureux (Rwanda, ex-Yougoslavie…), mais aussi ceux dont la mémoire plus ou moins oublieuse conserve l’inquiétude (Biafra, Cambodge, Guatemala, Chili…). Au-dessus, ou bien au fond, l’étonnement confus devant la destruction des hommes par des hommes (une définition du “génocide” date de 1948) ajoute son ombre à l’intérêt de ces recherches actuelles. Que nous apprennent-elles?

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Pièces rapportées, morceaux choisis : notre histoire bricolée

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À propos de:

Nikola KOVAC: Bosnie, le prix de la paix; éd. Michalon 1995 (cité ici sous B).

Yves LAPLACE: Considérations salutaires sur le désastre de Srebrenica; éd. du Seuil 1998 (cité ici sous C).

Martine STORTI: Cahiers du Kosovo – L’urgence de l’école; éd. Textuel 2001 (cité ici sous K).

Dubravka UGRESIC: Le musée des redditions sans condition; traduit du serbo-croate par Mireille Robin; éd. Fayard 2004 (cité ici sous M).

Ouvrage collectif: “Sta Ima?” – Ex-Yougoslavie, d’un État à d’autres; éd. L’œil électrique- Guernica ADPE 2005 (cité ici sous ST).

Pièces rapportées, morceaux choisis :

notre histoire bricolée

Les mots les meilleurs sont ceux que nous cherchons en vain.”

Ivo Andric

Peut-on dire ce qui se passe? Art ou science, exercice quotidien ou tâche ordinaire, pouvoir et devoir naturels en somme: comment répondre à cette question souvent évidente, parfois torturante? Montage et démantèlement du puzzle “yougoslave” – qui ont demandé le même laps (on n’ose dire: durée) que ceux du “communiste” – font un objet-obstacle spécialement retors à la question. C’est que nous en sommes – à la fin de cette histoire – au temps non seulement des cartes sur table (de Versailles à Yalta puis Dayton, le jeu des cartes n’a jamais manqué, entre départ et commencement hélas) mais surtout de l’information et de la communication ouvertes, disponibles tous azimuts de nos jours.

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Comment faire parler le monde ?

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À propos de:

Élisabeth Claverie, Les guerres de la vierge – Une anthropologie des apparitions, éd. Gallimard, coll. NRF essais, 2003. (cité ici sous GV)

Isabelle Stengers, La vierge et le neutrino; éd. Les Empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, 2006. (cité ici sous VN)

Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes – Essai d’anthropologie symétrique (1991), éd. La Découverte-Poche 2006. (cité ici sous JM)

Changer de société – Refaire de la sociologie, éd. La Découverte, coll. Armillaire, 2006. (cité ici sous CS)

 

Comment faire parler le monde ?

Cette approche doit se défendre contre la tentation du commentaire,

soumettant ce dont on n’a pas expérimenté

la pratique à ce que l’on croit en savoir.

Isabelle Stengers (VN, p.225)

Nous tenons à tout, au point que la percluse “indépendance” ne marche plus guère que sur les vieilles pistes empruntées par la paresse, voire les mensonges. Mais nous ne tenons à rien, au point que le vieux romantisme de solitude n’est plus que souffrance d’isolement. Millions d’éclats de l’individualisation, ce miroir brisé – semblables reflétant encore tous les semblables mais saisissant mal ou peu la semblance. Bizarrerie: les temps sont à une solidarité matérielle ou sentie (les nouvelles de bout du monde me touchent dans l’instant, à peine décalées de ce qu’elles prétendent montrer) qui est la même chose qu’un sentiment d’impuissance. Nous “y” sommes – pour tout et rien à la fois. Au mieux, c’est-à-dire souvent au pire, nous nous “arrangeons”: ce qui arrive quand l’engagement ne nous regarde plus guère que de son mauvais œil, militantisme aveugle et sourd ou bien récupération vide. Il faudrait quoi? Des sciences peut-être – une connaissance relevant (de) ce même sens que la “réalité” si étrange vole en le livrant. Il faudrait comprendre (écouter, voir): nous faire parler mais pas nous seulement – plutôt troisième et même quatrième personne certes plurielle mais pourtant nôtre tenant à tant de fils aussi peu visibles que résistants.

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Une exception ordinaire : la démocratie

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À propos de:

Jacques RANCIÈRE,

La haine de la démocratie; éd. La fabrique 2005

Chroniques des temps consensuels, éd. Seuil, coll. La librairie du XXI° siècle 2005

Une exception ordinaire : la démocratie

Mot d’école: pourquoi diable “démocratie” quand “démarchie” irait si bien au bel et bon ordre qui pose en une seule carte les territoires complexes du pouvoir politique: monarchie, oligarchie, donc démarchie? Un seul, quelques uns, et puis tous: quoi de plus simple et clair? Or voilà que non: “démocratie” s’est imposé. Allez savoir pourquoi. Un petit livre pourrait bien aider à le savoir, à cette condition inattendue: nous n’aimons le mot (en le préférant même à l’autre qui eût été si clair) que parce que nous haïssons la chose. Dur petit livre, dont les mots de la fin ramassent admirablement l’intérêt: la démocratie ne peut cesser de susciter la haine, et pourtant elle peut susciter à l’inverse du courage, donc de la joie. Haine ou joie? Convenons de nous éclairer un peu avant de nous résigner au ressentiment, cette triste passion de nos contradictions.

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