Passé = pas sans

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Georges Mink et Pascal Bonnard (dir.)

Le passé au présent – Gisements mémoriels et actions historicisantes en Europe centrale et orientale

Michel Houdiard éditeur 2010

Extraits cités ci-dessous en italiques avec pagination

Passé = pas sans

Mes notes dites “balkanisées” le sont par leurs objets (quelques dizaines de publications ad hoc) mais aussi par leur propre assujettissement: quoi de mieux ou pire que la Toile pour indiquer l’éclatement continu, aussi accessible que peu perceptible? “Feux d’artifice”, affichait le titre d’une de ces notes dont on ne sait trop si elles disent les lectures ou le lecteur – éclair que Péguy voyait en reconnaissance radicale: lire vraiment, ce serait “la coïncidence en acte du lu et du lisant” (Camille Riquier). Plutôt qu’éclair ou coïncidence, la même note visait (et vise encore, comme toutes les autres) un simple “correspondre” – d’ailleurs interrogatif.

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Sur la politique apolitique: deux veilleurs

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À propos de:

Éric VOEGELIN

Hitler et les Allemands (The German University and the

Order of German Society: A Reconsideration of Nazi Era, 1990 & Hitler and the Germans, 1999), trad. Mira Köller et Dominique Séglard, éd. du Seuil 2003 (cité ici sous H).

Günther ANDERS

L’obsolescence de l’homme (Die Antiquiertheit des Menschen, 1956), trad. Christophe David, éd. de l’Encyclopédie des nuisances/Ivrea 2002 (cité ici sous O)

La menace nucléaire (Die atomare Drohung, 1981), trad. Christophe David, éd. du Rocher/Le serpent à plumes 2006 (cité ici sous M).

Nous, fils d’Eichmann (Wir Eichmannsöhne 1988); trad. Sabine Cornille et Philippe Ivernel, éd. Payot & Rivages 2003 (cité ici sous N)

Sur la politique apolitique:

deux veilleurs

Depuis que leurs allures s’affichent “mondiales” ou “globales”, nos habitudes jadis appelées politiques souffrent d’une certaine dépolitisation. Nations Unies ou Grandes Puissances, Marché, État, Travail, Climat, Matières Premières, Spéculation: nous voici sommés de compter avec ces “nécessités historiques” réputées commander partout, en haut et en bas, de loin comme de près. Choix, décision, responsabilité et délibération, action même ne sont plus de mise: dépolitisation est le mot qui convient, si politique est écoute et parole, entente à peu près partagée au travers d’institutions faites justement pour ça, la lente mais persistante reconnaissance de ce que nous voulons, la correspondance entre nous.

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Demander à Witold

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Witold Gombrowicz

(1) Bakakaï (1933 & 1957), trad. Allan Kosko & Georges Sédir, éd. Gallimard 1998

(2) Ferdydurke (1937), trad. Georges Sédir, éd. Gallimard 1995

(3) Les envoûtés (1939), trad. Albert Mailles, Hélène Wodarczyk & Kinga Fiatkowska-Callebat, éd. Gallimard 2000

(4) Théâtre – édition établie et présentée par Rita Gombrowicz, Gallimard 2001 :

Yvonne princesse de Bourgogne (1938) – trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

Le mariage (1948) – trad. Koukou Chanska & Georges Sédir

L’histoire (Opérette) – trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

Opérette (1966)trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau

(5) Trans-Atlantique (1951), trad. Constantin Jelenski & Geneviève Serreau, éd. Denoël 1976

(6) Journal, Tome I 1953-1958, trad. Dominique Autrand, Christophe Jezewski & Allan Kosko, éd. Gallimard 1995

(7) La pornographie (1960), trad. Georges Lisowski, éd. Gallimard 1995

(8) Cosmos (1965), trad. Georges Sédir, éd. Denoël 1966

(9) Journal, Tome II 1959-1969, trad. Dominique Autrand, Christophe Jezewski & Allan Kosko, éd. Gallimard 1995

(10) Cours de philosophie en six heures un quart (posth. 1971), éd. Payot & Rivages 2012

Ouvrages cités ci-dessous en italiques de 1 à 10 suivi de la pagination

Demander à Witold

Faire connaissance

Pas la peine de pousser, celui-là n’a jamais rien fait qu’écrire d’un seul tenant et aboutissant. Tel lecteur italien, à la toute fin, résume comme ça (10,15-32-53): pour Gombrowicz, la réalité effective de l’être humain est irrémédiablement perdue. Comme lui-même: être homme c’est simuler l’homme – ce qu’on peut lui demander c’est de prendre conscience de l’artifice de son état et de le confesser… Je commence à croire que je suis l’auteur d’une œuvre philosophique en plusieurs volumes… Nous faisons de la philosophie car c’est obligatoire. C’est fatal. Nous autres lecteurs d’aujourd’hui songeons pas moins que son Jeannot (4,242): tes pensées sont lucides, mais tu me fais une drôle d’impression, ou son Henri (4,272): personne ne peut parler normalement avec personne.

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Demander à Günther

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À propos de :

Günther ANDERS

1 L’obsolescence de l’homme – Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956), trad. Christophe David, éd. Ivrea et L’encyclopédie des nuisances 2001.

2 La menace nucléaire – Considérations radicales sur l’âge atomique (1981), trad. Christophe David, éd. du Rocher/Le Serpent à plumes 2006.

3 La Haine (1985), trad. Philippe Ivernel, éd. Payot & Rivages Poche, 2009.

4 Journaux de l’exil et du retour (1985), trad. Isabelle Kalinowski, éd. Fage 2012.

5 Nous, fils d’Eichmann, (1988), trad. Sabine Cornille et Philippe Ivernel, éd. Payot & Rivages Poche, 2003.

6 Hiroshima est partout (1995), trad. Denis Trierweiler, François Cazenave, Gabriel Rapaphaël Veyret, Ariel Morabia, éd. du Seuil 2008.

7 Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse? – Entretien avec Mathias Greffrath (2000), trad. Christophe David, éd. Allia, 2001.

8 L’obsolescence de l’homme – Tome II Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle (2002), trad. Christophe David, éd. Fario 2011.

9 La bataille de cerises – Dialogues avec Hannah Arendt, suivi d’un essai de Christian Dries (2012), trad. Philippe Ivernel, éd. Payot & Rivages, 2013.

En italiques ci-dessous, ouvrages cités en chiffre gras suivi de la pagination

Demander à Günther

Continue d’écrire ! Et à celui qui lira cela un jour : continue de lire !

Car seul ce qui est commun atteint au terrible.

(6,222)

D’autres exposent leur nom – William Faulkner ou Sandor Marai, par exemple – pas lui. Il en dispose très tôt, jeune dilettante si polygraphe qu’un Börsen-Courier des années 30 s’inquiète (7,36) de sortir la moitié de ses articles sous la seule signature de Günther Stern; “Appelez-moi autrement/anders” répond-il – l’histoire ne dit pas encore si le nom de Stern commençait à virer poussière d’étoile. Que va-t-on donc (se) demander à la lecture de cet anonymisé relatif ?

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L’éclairage public: une énergie diffuse

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à propos de:

Éveline Pinto (dir.) Pour une analyse critique des médias – Le débat public en danger, éd. du croquant, coll. champ social 2007.

Louis Pinto (dir.) Le commerce des idées philosophiques, éd. du croquant, coll. champ social 2009.

Revue Agone Les intellectuels, la critique & le pouvoir n°41/42 coordonné par T. Discepolo, C. Jacquier & P. Olivera, éd. Agone 2009.

Revue Offensive Divertir pour dominer – La culture de masse contre les peuples, éd. L’Échappée 2010.

Gérard Noiriel Dire la vérité au pouvoir – Les intellectuels en question (nouvelle édition revue et actualisée de Les fils maudits de la République – L’avenir des intellectuels en France, éd. Fayard 2005), éd. Agone 2010.

Noam Chomsky Raison & liberté – Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels, textes choisis, éd. Agone 2010.

Peter Sloterdijk Règles pour le parc humain, suivi de La domestication de l’Être – Pour un éclaircissement de la clairière, trad. Olivier Mannoni, éd. Mille et une nuits – éd. Arthème Fayard 2010.

Bruno Latour

La mondialisation fait-elle un monde habitable?, in Territoire 2040 – Prospectives périurbaines et autres fabriques de territoire, Revue d’étude et de prospective n° 2, pp. 9-18, 2009

Cogitamussix lettres sur les humanités scientifiques, éd. La Découverte 2010.

L’éclairage public:

une énergie diffuse

On s’éclaire comme on peut. On sait que l’éclairage public est un drôle d’objet à beaucoup de titres, tous paradoxaux. D’usage privé mais pour tous, réseau commun mais très divers, comprenant aussi bien l’éclatant gaspillage que la parcimonie avaricieuse, irrésistible engagement à consommer et sourde menace très peu engageante – tout un aménagement invisible (câbles souterrains, sources hors de portée, luminescence diurne dans la nuit noire…) au service de la seule visibilité. Cet objet n’est pas un objet mais une ressource enveloppante que la pratique sociale seule peut distinguer, dans l’actualité de sa demande. De banane bleue en ring, de belt en mégalopole, le minuscule réverbère ne se laisse pas oublier. En vol, pas trop loin du sol, les pauvres hublots de l’avion de nuit laissent voir ces drôles de trous d’aiguille lumineux et agités, mobilisant une “carte” fuyante de rayons, dentelles étranges, neurones poussant ou tirant synapses et dendrites en étoiles terrestres, cosmos de vers brillants ou tentacules perdues. On serait, à moins, tenté par les métaphores sensibles – c’est le cas de le dire. Moi aussi j’essaie de m’éclairer – et qui sait ce que ça donne, de près ou de loin?

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L’histoire des catastrophes, ou la vie rêvée des morts

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à propos de:

Gilbert ACHCAR, Les Arabes et la Shoah – La guerre israélo-arabe des récits; éd. Actes Sud, coll. Sindbad 2009.

Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé – De la Bible au sionisme; traduit de l’hébreu par Sivan Cohen-Wiesenfeld & Levana Frenk; éd. Flammarion, coll. Champs-Essais 2010 (1ère éd. Librairie Arthème Fayard 2008)

L’histoire des catastrophes,

ou la vie rêvée des morts

Les livres d’histoire couvrent de noir ordinaire nos brillantes expériences. Hier peut bien être tout ce qu’on voudra – aujourd’hui palpite, souverain, l’actuel qui nous porte. Toute disparition nous semble une perte, jour à jour oubliée, comblée par ce qui arrive. Qu’ai-je à faire de ces heures lointaines, affadies, décolorées, passées? Qu’ai-je à faire de ces gens qui ne sont plus? De ces lieux à peine reconnaissables dont les ruines ou la durée ne rendent hommage qu’à la présence du jour qui les habite? On appelle “devoir de mémoire” ce mensonge funèbre, arrêté un moment à visiter le mort.

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Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !

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À propos de : Robert MUSIL, Journaux, tome II; traduction établie et présentée par Philippe Jaccottet d’après l’édition allemande d’Adolf Frisé ; éd. du Seuil 1981.

Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !1

Dix… vingt… et même cent? Vingt-cinq années après cette publication prenons l’occasion aux cheveux, puisque les décennies qui nous écartent de Musil nous rapprochent là-dessus. Son exclamation désolée prend aujourd’hui des allures d’évidence insupportable2. Clamé encore ici ou là, le “Plus jamais ça!” est-il autre chose qu’un nœud de langue de bois?

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Une bonne histoire : vous la connaissez ?

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À propos de :

Mirko D. Grmek, Louise L. Lambrichs,

Les révoltés de Villefranche

Mutinerie d’un bataillon de Waffen-SS, septembre 1943

(éd. du Seuil 1998)

Une bonne histoire : vous la connaissez ?

Presque rien: ce qu’on appelle un épisode, à quoi la bonne mesure ajoute l’anecdote puisque, pour une part qui paraît vite capitale à force d’incongru, l’affaire est quasi inédite ou non dite. Cachotterie dont toute histoire est friande?

Entendons-nous bien: “l’histoire”, c’est à tiroirs, en couches horizontales ou placards verticaux, double ou triple tour, double ou triple fond. On le sait, on le croit, on le devine: plus on regarde de près, plus on est étonné de voir se défaire pour se faire autrement la connaissance qu’on répétait à peu près ensemble, depuis le manuel d’école jusqu’à la conversation mondaine. L’histoire, si souvent déplaisante, plaisante souvent ainsi, plutôt à bas bruit et “sans phrase”, comme disait Marx.

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Nos guerres et leurs paix : l’épreuve européenne de la Bosnie

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À propos de:

Le nettoyage ethnique – Documents historiques sur une idéologie serbe, rassemblés, traduits et commentés par Mirko Grmek, Marc Gjidara et Neven Simac; éd. Fayard 1993; seconde édition Le Seuil, coll. “Points Histoire” 2002 (cité ici sous: NE)

Opérations des Nations Unies – leçons de terrain: Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie; symposium sous la direction du Général Jean Cot, éd. Fondation pour les Études de Défense 1995 (cité ici sous: ONU)

A. Chauvenet, V. Despret, J.-M. Lemaire: Clinique de la reconstruction – Une expérience avec des réfugiés en ex-Yougoslavie; éd. L’Harmattan, coll. santé, sociétés et cultures 1996 (cité ici sous: RC)

Général Jean Cot, Demain la Bosnie; éd. L’Harmattan 1998 (cité ici sous: DB)

David Albahari, Goetz et Meyer; traduit du serbe par G. Iaculli et G. Lukic, éd. Gallimard-Nrf, coll. Du monde entier, 2002 (cité ici sous: GM)

Nos guerres et leurs paix :

l’épreuve européenne de la Bosnie

Brisez mon cœur, mais ne le déchirez pas!”

Balzac, Louis Lambert.

 » Tout cela est simple, très simple. Demain ce sera plus simple encore.

Si simple qu’on ne pourra plus rien écrire d’intelligible

sur le malheur des hommes dont les causes immédiates

décourageront l’analyse. « 

Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune

Ces ouvrages ne sont certes pas les seuls à précéder, suivre ou rendre compte d’une paix (accords de Dayton, 1995) qu’une décennie, passée la guerre, fait voir très pâle. Toute paix comme toute guerre est un monde1 dont il s’agit ici de prendre au moins une mesure, et le monde que dessinent les livres n’est pas la plus mauvaise façon de procéder: les livres sont aussi nombreux que divers et notre expérience l’est encore davantage. Supposons donc que ces cinq-là iront aussi bien à ce qui fait l’expérience, le lent mouvement de sa réalisation, retournant ses effets en causes nouvelles, changeant son allure aux degrés de sa reconnaissance, modifiant autant remèdes en poisons que poisons en remèdes. « Documents historiques », dit le premier dont l’avance mérite hélas sa réédition dix ans plus tard, « leçons » dit le second, « reconstruction » dit le troisième, « demain » confirme le suivant, tandis que le dernier, entre histoire et récit, tente de repeupler un vide vertigineux. Autant de signes de l’après que l’avant détermine – la question venant de chercher si c’est pour le commencement du meilleur ou le recommencement du pire.

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