Demander à Jacques Rancière

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À propos de:

Jacques Rancière

Et tant pis pour les gens fatigués – Entretiens

(éd. Amsterdam 2009)

Moments politiques – Interventions 1977-2009

(éd. La Fabrique 2009)

(ci-dessous les propos en italiques sont extraits de ces livres)

Demander à Jacques Rancière

L’habitude de lire habite de nombreux mondes possibles: du divertissement à l’érudition, de la promenade au labeur, de la parade jamais satisfaite au sillon inlassablement creusé. Entre et même au-delà de ces limites apparentes, toutes sortes de nuances, de combinaisons, de sauts ou de ruptures, d’encouragements et de découragements, inclinent à la perplexité: n’y a-t-il jamais assez de livres, ou bien y en a-t-il toujours trop? Lisons-nous comme on se nourrit, ou bien comme on se gave? De déceptions en stupéfactions, de nouveautés dépassées en anciennetés actualisées, une certaine sagesse a fait sa leçon: lire vaut moins que relire, parce qu’on ne lit jamais qu’un seul livre, celui qui nous convient, inconscient. L’ironie du fameux “vice impuni” vient peut-être de là, qu’on peut retourner en vertu non récompensée. L’habitude nommée “lecture” semble s’entretenir d’elle-même comme un moteur aux deux temps incessants. Si le bon livre est celui qui me conduit à en lire un autre, à quoi bon ce dernier qui ne fera pas mieux que me conduire à un troisième et ainsi de suite? Si le bon livre est celui qui rend illisibles tous les autres, à quoi bon lire encore? Épuisants pistons d’une habitude décidément trompeuse, dont il vaudrait mieux se passer? On dira que le carburant ou l’énergie, non le moteur, fait la lecture: désir de rêver ou désir de savoir, imagination ou intelligence, sentiment ou raison, action ou réflexion. Mais alors la perplexité redouble: comment choisir, en effet? Qui voudrait rêver sans raison, comprendre sans imaginer, penser sans faire? À quoi bon sentir sans savoir, raisonner sans s’émouvoir, réfléchir sans agir? N’appelons-nous pas justement “saisir” l’activité des cœurs et des mains capables de penser, celle des têtes capables de mobilisation, celle des corps capables de décision ?

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Des sociologues parmi nous ?

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à propos de:

François DUBET, Sociologie de l’expérience, éd. du Seuil 1994.

Loïc BLONDIAUX, La fabrique de l’opinion – Une histoire sociale des sondages, éd. du Seuil 1998.

extraits cités ci-dessous en italiques

Des sociologues parmi nous ?

Le très fin découpage savant fait reculer presque toujours, et décourage souvent, nos à-peu-près quotidiens. Des “concepts”, disent-ils, que diable: les choses ne sont pas si simples, n’est-ce pas? Pas si simples qu’on puisse les prendre ensemble, cet ensemble menacé d’un tout à la fois, pas loin d’un n’importe quoi doublé d’un n’importe comment. On entend bien, certes, ces doctes scrupules. Ainsi payons-nous de notre poche, quand nous pouvons – et puis apprenons, tout penauds, qu’un prix, un coût, une valeur, font au moins trois de ce seul “fric” de fond de poche que nous croyions familier. Nous voilà tout bêtes. On croyait faire comme tout le monde, parler une langue après tout saisie par tout un chacun, s’entendre même sur un simple geste – mais non: la moindre connaissance éveille mille questions, fait trembler la terre en couche fragile, cassante, déjà brisée. Je ne sais plus ce que je fais ni ce qui se passe, moi qui croyais vivre et penser comme tout le monde. On sait que ce doute, cette critique peut-être, cet étonnement en tout cas, font depuis longtemps l’honneur de l’école, de la science, des études, de la bien-nommée recherche.

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Tout et chacun: des accords inouïs ?

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à propos de:

(1) Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables (1949), trad. Anna Gibson, éd. Flammarion 2000.

(2) Catherine Neveu (dir.), Espace public et engagement politique – Enjeux et logiques de la citoyenneté locale, éd. L’Harmattan 1999.

(3) Jared Diamond, Effondrement – Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005), trad. Agnès Boltz & Jean-Luc Fidel, éd. Gallimard 2006.

(4) Dominique Cardon, La démocratie Internet – Promesses et limites, éd. du Seuil et La République des Idées 2010.

(5) Francis Chateauraynaud, Argumenter dans un champ de forces – Essai de balistique sociologique, éd. Petra 2011.

En italiques ci-dessous: extraits, suivis des numéro et page du livre.

Tout et chacun: des accords inouïs ?

Quand Leporello trouve que tout va mal, son patron en déduit que tout va bien. Reste l’œuvre d’art – admirable comme un miracle humain, inquiétante comme une question qui nous dépasse. Que diable faire avec ça, la rencontre choquante d’absolus mutuellement exclusifs? Le bruit de ce choc dans ce cas, c’est bien sûr la chance de “Don Giovanni” – mais enfin cette histoire finit mal et d’ailleurs nous ne passons pas seulement notre temps à l’opéra.

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L’amitié singulière, événement de notre politique ?

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à propos de:

Vinciane DESPRET, Isabelle STENGERS: Les faiseuses d’histoires – Que font les femmes à la pensée?, éd. Les Empêcheurs de penser en rond-La Découverte 2011.

Émilie HACHE: Ce à quoi nous tenons – Propositions pour une écologie pragmatique, éd. Les Empêcheurs de penser en rond-La Découverte 2011.

Joëlle ZASK, Participer – Essai sur les formes démocratiques de la participation, éd. Le Bord de l’eau, coll. Les Voies du politique 2011.

En italiques ci-dessous: extraits de ces ouvrages.

L’amitié singulière, événement de notre politique?

Notre situation semble à l’image de toute identité: sinon impossible, du moins très difficile à décrire entièrement ou même préciser partiellement. Je peux certes faire état de tel statut social ou individuel, de telle appartenance géographique, historique ou culturelle – mais on voit que ces mêmes choses deviennent nébuleuses, échappent en éclats ou étincelles de moins en moins clairs. Naguère encore “fonctionnaire” ou “père”, “français” ou “chrétien” allaient à peu près – mais “consultant” ou “cadre”, “ex” ou “homme” et “femme”, “minorité” ou “majorité”, “d’ici” ou “d’ailleurs”? Plus de “même”, dirait-on, mais des semblants d’identités à la recherche de leur nombre, de leurs semblables dont le seul compte – quand il a lieu – garantit l’existence précaire. En régime incertain, “être soi” ne va plus de soi.

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Notre expérience: une traversée

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À propos de :

Gérard Prunier, Rwanda: le génocide (1995 – trad. fr. 1997 & 1999 éd. Dagorno) – cité ci-dessous GP

Jean-Pierre Chrétien (dir.), L’Afrique de Sarkozy – Un déni d’histoire (éd. Karthala 2008) – cité ci-dessous JPC

André Guichaoua, Rwanda, de la guerre au génocide – les politiques criminelles au Rwanda (1990-1994) éd. La Découverte 2010 – cité ci-dessous AG

Notre expérience: une traversée

En kyniarwanda, il paraît1 qu’on dit Agahinda k’inkoko kamenywa n’inkike yatoyemo – “le chagrin de la poule n’est connu que par la basse-cour”. Nous autres volaille caquetante disposons cependant d’une basse-cour aussi avertie que large et plutôt durable. Ces livres en font foi. Le premier n’a pas mis plus d’un an pour faire connaître (en anglais, d’abord2 ) ce chagrin-là, tandis que le troisième, quinze ans après, en décline encore les tenants et aboutissants. Quant au deuxième, en poussin apparemment noir, quelques mois lui ont suffi pour épingler un “discours de Dakar” dont la portée de chagrin, pour être aussi ancienne que sa formidable volonté d’ignorance3 , n’en reçut pas moins sa juste lecture de basse-cour.

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Une fabrique de significations

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à propos de:

Donna HARAWAY

Manifeste cyborg et autres essais Sciences-Fictions-Féminismes (anthologie établie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan, Exils Éditeur 2007) . Cité MC ci-dessous en italiques.

Des singes, des cyborgs et des femmes La réinvention de la nature (trad. Oristelle Bonis, éd. Jacqueline Chambon-Actes Sud 2009). Cité SCF ci-dessous en italiques.

Manifeste des espèces de compagnie – Chiens, humains et autres partenaires (trad. Jérôme Hansen, éd. de L’éclat 2010). Cité ME ci-dessous en italiques.

Une fabrique de significations

Évidemment, nous avons du mal à suivre. Pour le dire comme elle, sans trop d’évidence quoique précisément: le problème du système social est celui de l’analyse à variables multiples des structures fluides en équilibre dynamique dans le temps et l’espace (SCF p.65). Pour le dire comme un autre qu’elle cite: le comportement social est un dispositif de suivi des changements du milieu (E. O. Wilson – SCF p.114). Est-ce clair? Disons donc encore autrement, encore avec elle, en passant cette fois du problème au scandale: la Chose scandaleuse du “Patriarcat blanc capitaliste”, c’est la transformation de tout en ressource destinée à être appropriée, par quoi un objet de savoir ne présente d’intérêt que pour le pouvoir, la capacité à agir du connaisseur spécialiste (SCF p.347).

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Sur le même bateau

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à propos de:

William B. Cohen, Français et AfricainsLes Noirs dans le regard des Blancs 1530-1880 (1980); trad. Camille Garnier, éd. Gallimard-Nrf 1981.

Paul Gilroy, L’Atlantique noir Modernité et double conscience (1993); trad. Jean-Philippe Henquel, éd. Kargo 2003.

Homi K. Bhabha, Les lieux de la culture – Une théorie postcoloniale (1994); trad. Françoise Bouillot, éd. Payot 2007.

Jean-François Bayart, L’illusion identitaire, éd. Fayard 1996.

Adame Ba Konaré (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, éd. La Découverte 2008.

Sur le même bateau

ou

Petite histoire de Pincemi et Pincemoi

Noirs” et “blancs” n’ont guère plus cours qu’aux dames et aux échecs, c’est une bonne nouvelle, quelle que soit l’agitation résiduelle de ce fond de boîte. S’il est vrai que la boîte résiste, ces livres ne sont que l’infime trace d’un ouvre-boîte très emprunté, au point de laisser croire pour une fois à une clairvoyance généralisée: plutôt qu’y voir double, nous recommençons à déceler la coloration de multiples nuances – mêmes grises, et même la nuit – là où la binarité blanc-noir faisait un monde jouable, mais invivable.

Pour une fois tourné en arrière, le regard occupé des choses et des gens ordinaires s’aperçoit que “la science”, “l’expertise”, “la recherche” ne sont plus si en retard que ça… Joie! On dirait bien que leurs pas traînants finissent par deviner ou tâter l’évidence, cette obscurité des commencements, petite luciole de bout de tunnel dans la lumineuse clarté de laquelle tout le monde avance, souvent ébloui certes. Les rôdeurs de barrières suivent, clopinent, lâchent quelques vérités bien senties, s’occupent même de ceux qui restent bloqués, bouchés, très loin derrière.

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Tout comprendre et rien changer : le destin de l’intelligence ?

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à propos de:

Serge Proulx (dir.), Accusé de réception – Le téléspectateur construit par les sciences sociales; éd. Les Presses de l’Université Laval 1998

Madeleine Akrich, Michel Callon, Bruno Latour, Sociologie de la traduction – Textes fondateurs; éd. Ecole des Mines de Paris, coll. Sciences Sociales 2006

Stuart Hall, Identités et cultures – Politique des “Cultural Studies”, édition augmentée établie par Maxime Cervulle, trad. Christophe Jaquet, éd. Amsterdam 2008

Tout comprendre et rien changer :

le destin de l’intelligence ?

Face à l’urgence de personnes qui meurent dans les rues, quel peut bien être,

au nom de Dieu, l’intérêt des Cultural Studies? (…)

C’est comme si, afin de se protéger eux-mêmes contre une éventuelle défaite,

il leur fallait feindre de comprendre toutes choses et de faire comme si rien n’avait jamais changé.

Stuart Hall (1992)1

On dit “sciences sociales” à tort et à raison. À raison parce qu’on voit mal comment observer sérieusement notre monde sans recherche objective; à tort parce qu’on voit mal comment cette objectivité peut se soustraire à ce qu’elle est censée observer. Identifications incertaines mais continues, nos plus ou moins mal nommées “sociétés” vibrent à ce que l’on dit d’elles, la plus ou moins bien nommée “médiatisation”, aujourd’hui planétaire. Livre d’enquête, texte théorique ou pratique, discours savant – mais aussi opinion déclarée, article publié, point de vue répété jusqu’au stéréotype: tout est traitement. “Traiter”, c’est moins “entre” que “parmi”, moins moyen que milieu: trahir et transmettre, traduire et transformer, traverser et informer, faire voir et déformer. La “révolution” de la connaissance est celle des choses même: à bien regarder et transcrire, à bien noter et observer, nul ni rien ne quitte la vaste prison des conditions – indépassables, sans surplomb ni abstraction. Là-dessus, on n’a jamais manqué de s’agiter, de se distraire, et le plus souvent à plusieurs: idéalismes contre réalismes, relativismes contre absolutismes, universalismes contre culturalismes. Cieux et terres ainsi couverts de barbouillages toujours “nouveaux” iraient bien si, pendant ce temps, la vie sociale elle-même prenait une couleur plus tendre. Or, c’est ce qu’il est difficile de croire. Mieux nous comprenons ses nuances, ses feintes et ses mensonges, plus l’agaçante et grise “réalité” en promet d’autres – on peut toujours courir, on n’en finira jamais.

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Comment ça se passe quand ça ne va plus

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à propos de:

W. E. B. Du Bois, Les âmes du peuple noir – édition établie par Magali Bessone, La Découverte-Poche 2007

Didier Fassin & Patrice Bourdelais (dir.), Les constructions de l’intolérable – Etudes d’anthropologie et d’histoire sur les frontières de l’espace moral – éd. La Découverte, coll. Recherches 2005

Isabelle Delpla & Magali Bessone (dir.), Peines de guerre – La justice pénale internationale et l’ex-Yougoslavie – éd. Ehess 2010

Comment ça se passe quand ça ne va plus

ou

Les sentiers de notre justice

Une question très embêtante en république est d’accomplir ou de mesurer notre responsabilité dans ce qui se produit en notre nom. Ce qu’on appelle “justice” est un bon exemple: quoi que nous mettions dans ce sac, il est difficile de ne pas nous y mettre. Non que nous tenions toute la place, mais enfin “au nom du peuple” n’est pas tout à fait une blague si ce n’est pas tout à fait une évidence. Pas plus collectivistes que ça, nous hésitons à nous croire vraiment engagés par des décisions auxquelles peu d’entre nous participent directement. Mais pas plus individualistes que ça, nous ne pouvons non plus nous dégager de situations dont nous voyons bien – surtout quand elles sont déplaisantes ou pires – qu’elles nous mettent en cause. La plupart du temps, entre engagement très modéré et dégagement très incertain, nous faisons comme tout le monde: on s’arrange. Il faut des situations vraiment critiques pour que l’arrangement ordinaire ait un peu de mal à passer, contraint de changer ou d’aller voir ailleurs. Ce sont de telles situations que ces trois livres examinent, ou plutôt creusent, puisqu’ils invitent à y demeurer.

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Comment et de quoi nous parlons-nous ?

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À propos de :

Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts (éd. Gallimard 1977; coll. Folio-Essais 1985 & 1996).

Qui veut prendre la parole? Ss la dir. de Marcel Détienne, Revue Le Genre Humain, éd. Seuil février 2003.

Karine Espineira, La transidentité – De l’espace médiatique à l’espace public, éd. L’Harmattan, coll. Champs visuels 2008.

Comment et de quoi nous parlons-nous?

Quod omnes tangit ab omnibus debet tractari1

Tous ensemble, tous ensemble!”: dans nos contrées, ce cri est aussi courant qu’étonnant. Crier, c’est ce qui semble venir quand on a autant de mal à se parler qu’à se taire, bref à s’entendre. Or ce cri-ci paraît, de ce point de vue, paradoxal voire énigmatique: rien de plus facile que s’entendre et se trouver ensemble à l’heure de la communication surarmée.

Pas une rue, pas une chambre, pas un bureau qui ne retentisse aujourd’hui de mille appels, forums, blogs et bruits d’un monde surabondant d’informations et de rencontres, de débats et de contacts, de connexions et de reconnaissances de toutes sortes. Le besoin d’être ensemble n’est-il pas satisfait aujourd’hui à la vitesse de nos ondes disponibles à la moindre alerte? “Tous ensemble” n’est-il pas un fait, déjà fait et même tout fait? À quoi bon crier ce qui est à portée de main et de voix?

Un morceau de ces livres rappelle que la Révolution Française fut l’occasion d’une valeur nouvelle acquise par le cri: plus défaite de la civilisation, vocifération de la populace, victoire des passions sur la raison, mais art de convaincre qui s’adresse aux autorités et aux citoyens 2 . Au lieu de la manipulation et de la division, de l’exagération et de la caricature habituellement connotées par le cri, voici la transparence et l’exposition, la proclamation et l’ouverture – une voix nue, enfin, qui exprime le juste et l’injuste sans avoir été dénaturée3 . Dès lors, si le paradoxal “tous ensemble!” paraît d’abord activer les vieux soupçons contre les criailleries, il pourrait aussi bien proclamer la réalité d’une communion ou d’une communauté trahie – jouée – par nos communications incessantes. Notre cri ne serait donc pas énigmatique mais bien problématique ou plutôt problématisant: il pose en problème l’idée qu’il ne suffirait pas de s’entendre à tout bout de champ pour se comprendre vraiment.

Ces trois livres travaillent à leur manière une part au moins des nombreuses questions ouvertes par un tel problème.

Guerre totale

Quand la parole, c’est la guerre est un titre choisi par Jeanne Favret-Saada dès la première partie de son livre paru il y a plus de trente ans. Comme l’indiquent ses rééditions régulières, son influence demeure ineffacée, au moins de l’ethnographie à l’anthropologie contemporaines – et pour cause. “Influence” suppose autant admirations que controverses, et l’ethnographe du Bocage de l’Ouest n’a manqué ni des unes ni des autres: c’est que, pour le dire d’un trait, elle touche à cette boîte de Pandore dont l’ouverture est réputée impardonnable, l’identité de la science la plus haute avec l’expérience la plus basse4 . Nos recherches pointilleuses ne feraient pas mieux que nos pratiques ordinaires. L’hypothèse n’est peut-être pas si nouvelle: de grandes œuvres ont-elles jamais craché dans la soupe populaire? On comprend cependant l’embarras suscité par cette étude, si l’on ose extrapoler si peu que ce soit de la sorcellerie dont elle s’occupe à ce qui a lieu tous les jours: de la parole, mais une parole qui est pouvoir et non savoir ou information… une intention proprement politique Quand on parle de rien, c’est-à-dire de n’importe quoi, de rien qui compte, entre interlocuteurs pour qui la sorcellerie est en jeu, c’est pour souligner la violence de ce dont on ne parle pas. Plus fondamentalement, c’est pour vérifier que le circuit fonctionne, que l’état de guerre est bien institué entre les adversaires5. Or l’extrapolation est non seulement tentante6 mais tentée7 , en touchant de près à notre problème.

Si le lieu commun du langage courant, le milieu de nos échanges quotidiens, n’est pas l’indifférence ou la neutralité pacifante qu’on croit mais l’exercice violent d’une stratégie constamment aux aguets, un procès de parole8 rappelant la sorcellerie, alors il nous faut être attentifs non seulement à ce que nous disons (énoncé) mais encore, et peut-être surtout, à notre manière de nous en charger (énonciation). Agent du destin9 , dit-elle: nous sommes pour quelque chose dans ce que nous disons qu’il (nous) arrive, que nous le sachions et le voulions ou non. D’ailleurs il n’est pas sûr que nous ne le sachions ou ne le voulions pas (ou aussi peu qu’on suppose): on ne s’ensorcelle jamais qu’entre égaux ou entre partenaires inclus dans une relation d’inégalité relative: il faut qu’il y ait interaction réelle – ou matérielle- entre le sorcier et l’ensorcelé pour que le discours produise son effet10 . Ne sommes-nous pas ensorcelés par ou dans le cri “tous ensemble!”, proféré au moment même où son énoncé saute aux yeux quand son énonciation fait croire stupidement à son absence? Proprement sorcier, le cri dirait l’indicible, innommable, incomparable, ce dont nul n’a jamais pris la mesure – en figurant ce qui, de soi, échappe à la figuration11 , bref en nommant ou symbolisant une situation impossible ou insupportable à laquelle, du coup, on a quelque chance d’échapper.

Appeler ce cri “autosuggestion”, reléguer dans l’irrationnel ce qui est en réalité un remarquable effort d’affronter l’irrationnel en lui imposant une mise en forme symbolique12 – voilà ce qui certes demeure possible: nous avons autant de mal à ne pas rire devant les sautillants tambours du “tous ensemble!” qu’à prendre au sérieux les histoires de sorciers. Plus sérieusement pourtant, notre hésitation tient bien à l’inquiétante extrapolation à partir de l’admirable travail local de la chercheuse. Celle-ci a beau jeu – et nous sommes contents pour elle qui fait partager sa joie – d’y trouver les outils dépassant les pieuses vertus traditionnelles de sa propre science (= les craintes devenues comiques: Ne pas participer! Ne pas subjectiver!) – mais elle nous laisse ainsi devant l’hypothèse de la guerre totale, et ses craintes moins comiques. Elle-même souligne d’ailleurs les dures raisons de cette inquiétude:

Il me paraît essentiel de remarquer ici que la fascination exercée par les histoires de sorciers tient avant tout à ce qu’elle s’enracine dans l’expérience réelle, encore que subjective, que chacun peut faire, en diverses occasions de son existence, de ces situations où il n’y a pas de place pour deux, situations qui prennent dans les récits de sorcellerie la forme extrême d’un duel à mort. Pour qu’un effet de conviction et de fascination puisse être produit par ces récits, il faut bien que ce registre de l’expérience subjective, sous quelque forme que ce soit, existe réellement et que nul n’y puisse échapper… Sans quoi l’on ne pourrait comprendre… pourquoi j’ai été moi-même rassembler ces récits sans jamais me laisser rebuter par la difficulté de l’entreprise et pourquoi je les transmets aujourd’hui à des lecteurs dont on peut bien supposer qu’ils ne sont pas engagés tout à fait par hasard à me suivre dans cette entreprise13 .

Cette situation agonistique de toute parole, sans issue autre que la guerre continue, sommes-nous prêts à l’assumer au-delà de rares circonstances? Acceptons-nous de ne nous parler jamais qu’à la façon sorcière, en masquant une part de la réalité parce que cette occultation serait à la fois limite et condition de l’efficacité de notre discours14 ?

Un singulier pluriel: similitude et égalité

Pas moins de vingt auteurs sont engagés dans les quelque quatre cents pages de cette revue savante. La question fort simple du titre couvre en réalité une exploration historienne et anthropologique qui ouvre au lecteur d’insoupçonnés paysages politiques: du Nord au Sud de l’Afrique, de la France ou de l’Italie au Japon médiévaux, de l’ancienne agora grecque au cercle cosaque en passant par l’Assemblée Constituante ou les Commons, et enfin de la Mésopotamie ancienne ou récente jusqu’aux îles du Pacifique. C’est à cet ébouriffant exotisme que résiste la simplicité du titre, en rappelant pour nous au passage la leçon du livre précédent: où que nous allions dans l’étrange ou l’étranger, dans les commencements ou dans les confins, il n’est pas sûr que nous soyions si loin de nos pratiques ordinaires. “Le genre humain” dit ici fort bien son nom.

Quoi qu’il semble audacieux de résumer à un cadre les éclats de ce comparatisme expérimental, constructif, ouvert et surtout pas global15 , les mots “exercice” et “invention” diraient assez bien ce que ces études mettent au jour à propos des pratiques d’assemblée. Prises de parole et délibérations, décisions et négociations, accords et désaccords, formation et manifestation de l’opinion commune, dispositifs et rituels spatio-temporels: nos affaires publiques montrent d’abord d’inextricables compositions qui rendent vaine toute tentative de distinguer fins et moyens. L’invention de l’assemblée est autant le refus de s’en tenir à la spontanéité du rassemblement que celui de se reposer sur une institution, pouvoir ou autorité décrétés intangibles. Les très nombreux exemples ici examinés avec la plus minutieuse érudition éveillent tous cet étonnement: tout se passe comme si nous ne nous contentions jamais de ce qui existe, au profit d’une réalité politique risquée, dont la seule maturation porte la légitimité16 .

Si nous sommes évidemment loin de la crudité sans phrase du cri, nous sommes fort proches du problème qu’il figure à sa manière: la nécessité d’une sortie hors des chemins tout tracés, le paradoxe de l’évidence (sentie et démontrée) que rien n’est évident, la preuve que quelque chose d’autre demeure toujours possible. Exemples, entre beaucoup d’autres fournis par ces études:

Puisqu’il s’agit de parler-ensemble plutôt qu’être-au-monde-avec17 , le Bill of Rights sud-africain de la fin du XXe siècle met au-dessus de tout le droit de se réunir et de manifester, de tenir un piquet et de pétitionner18; au Japon médiéval, on trouve, dans l’expression des conditions délicates de la parole publique, le devoir de ne pas taire sa pensée ni s’humilier trop ouvertement, tandis qu’on préfèrera les cœurs à l’unisson aux décrets de l’État19 ; le rarissime féminisme de la société Sénoufo impose à l’assemblée une persona, seul sujet d’énonciation publique, transcendante et pourtant non divine ni sacrée, à la vocation égalitaire et pourtant non individualiste, dont les commissionnaires ne sont ni représentants ni mandataires même relatifs, transmettant ainsi des principes politiques épurés des inégalités, des pressions et de la force des solidarités lignagères ou locales20 ; celui dont le nom a été crié (jamais par lui-même) au titre de candidat lors d’une assemblée cosaque rentrera chez lui pour ne pas être soupçonné d’avoir influencé la foule, et, ramené dans le cercle s’il est élu, devra non seulement opposer une résistance symbolique mais refuser au moins deux fois l’honneur qui lui est fait avant d’accepter et de se voir aussitôt maculé de neige ou de boue pour rappeler qu’il n’est que le serviteur de la communauté 21; dans telle partie de la Circassie, l’hôte est tenu d’épouser la querelle de son invité, quels que soient les causes de sa fuite et les griefs de ses poursuivants – loi fondamentale de l’éthique caucasienne22 ; à Bahreïn, les religieux chiites murmurent leur discours à l’oreille d’un disciple qui le prononce ensuite à voix haute23

De telles pratiques imposent l’impression d’un jeu permanent, même si les tentatives visant à établir des lieux d’égalité semblent avoir été clairsemées24 . À la manière de cette “démocratie pure” pensée dans un projet intitulé “Idées à developper” soumis aux citoyens de Marseille par la section 1825 (en 1793), on a moins affaire à des pratiques représentatives qu’à des pratiques cognitives, où chaque citoyen cherche dans ses ressources et ses connaissances un nouvel espace public de réciprocité26 . Récits et traductions, porte-voix plutôt qu’incarnations, font voir une émotion devenue sens et action, un devenir-peuple27 qui ne tient qu’à l’engagement dans la pratique collective pluridéterminée, le rêve d’une individualité sans individualisme28 , dont il faut dire enfin la raison. Le directeur de cette publication la donne29 :

L’avantage du “s’assembler”, c’est d’être une catégorie ni trop fortement classante, ni de portée trop faible. Entre le singulier et le pluriel, un geste concret s’esquisse, des pratiques s’ébauchent, un procès est en cours.

Pas la seule voie, sans doute, mais sûrement celle qui montre au plus près la fine pointe sur laquelle tient toute politique démocratique: l’arrangement des similitudes que sont aussi nos différences ou nos écarts d’identité, avec cette chose commune nommée égalité. En conseillant finalement au lecteur d’être volontiers nomade et d’aimer se sentir “forain chez tous”, étranger et de passage où qu’on soit30 , le même auteur donne de cet arrangement une version prudente mais pas moins suspendue entre attente et réalisation.

Reste à savoir si les leçons conjointes de la sorcellerie dangereuse et des assemblées risquées sont encore repérables aujourd’hui, au cœur de la “communication-sans-communication” où nous nous trouvons. C’est précisément ce que le troisième livre choisi ici permet d’expérimenter.

Nous traduire

Un être impossible à décrire, elle/lui-même pris ou prise dans un espace indescriptible où du rationnel se bat vertigineusement avec son propre irrationnel, lieu de transit pour apatride, silhouette floue, réponse folle mais autorisable à une idée folle mais indéracinable, diversité de la plus petite minorité dans la minorité même 31… En rappelant autant l’ambiance sorcière que les affres du “s’assembler”, ce genre de perspectives nous dit la difficulté d’en finir avec ce “nous” que “tous ensemble!” ne parvient décidément pas à dire. Une (et non “la”!) transidentité n’est pas plus exceptionnelle que la plus petite ou la plus grande de nos particularités.

De son terrain d’emblée effrayant – vingt ans de mass media consacrés à son sujet! – la chercheuse reconnaît vite le destin: Tout nouveau venu sur la scène médiatique est immédiatement positionné dans l’esprit du public. Cette opération n’est finalement qu’une réduction et atteint toujours la caricature. L’image est condamnée à subir la loi de la simplification32 .

Simplification mais peut-être pas simplisme: c’est l’honneur proprement critique de l’attention savante, on l’a vu, que de trouver de quoi lire ou comprendre jusque dans les pratiques réputées les moins nobles. Sorcelleries et bricolages politiciens nous ont bel et bien appris à prendre au sérieux de l’esprit ce que l’esprit de sérieux néglige si souvent. C’est le cas ici également: des singularités s’exercent, à l’écart de l’intégration anonyme comme de la valorisation narcissique33 ; une perspective enfin perceptible de ce qui fait la pluralité de l’humanité34 se dessine. Des résultats, voire des solutions, s’ébauchent: la levée de l’énigme réciproque se discute en positions même controversées, ouverture et authenticité se déclinent en refuges sémantiques provisoires mais nécessaires, en compositions freestyle, en alternatives protocolaires, et même en autodérision35 . La recherche ainsi engagée, dans tous les sens de ce terme, peut proposer ce résumé:

Considérons alors les personnes transsexuelles et transgenres comme un groupe constitué d’autant de profils que le spectre des couleurs. Isoler une longueur d’onde ne permet de décrire qu’une infime partie de l’arc-en-ciel. Une couleur se différencie de l’autre sans être en rien supérieure à une autre en terme de valeur d’existence… La difficulté de parler à plusieurs d’une seule voix n’est pas propre à un groupe plus qu’à un autre, elle est un fait intemporel propre à l’humanité entière36 .

Éthiopiens et Ivoiriens, Arabes et autres Cosaques du “Genre Humain” nous ont balbutié la même chose, qu’ensorceleurs et ensorcelés du Bocage évoquent en secret: nous ne serons jamais tous ensemble qu’à la suprême et souveraine condition de ne parler qu’à la pluralité de nos voix singulières, que l’on crie, que l’on murmure ou que l’on cèle. Pas une des pratiques examinées par ces livres qui ne relève d’une égalité fondamentalement commune, si l’on entend par là la banalité ordinaire de la non-discrimination. Nous ne nous passons de rien, du plus drôle au plus tragique, du meilleur au pire. Le fait même qu’on trouve, avec ces recherches, apparemment tout et peut-être même n’importe quoi, est une raison de plus d’avancer l’hypothèse: tout se passe comme si nous autres considérions l’arc ou le cercle des possibles comme toujours ouverts – non parce que nous ignorerions toute limite, mais parce que nous ne devons ni ne pouvons nous passer de les explorer une à une, en leur demandant les comptes – preuves et épreuves – les plus maniaques, en en attendant certes les sorts les plus inquiétants, mais aussi les chances les plus réjouissantes. Est-ce trop demander que de nous parler ainsi, ici et maintenant?

Gilles Clamens – gilles.clamens@wanadoo.fr

1 “Ce qui concerne tout le monde doit être discuté par tous”, cité in Qui veut prendre la parole? par Hélène Millet: Chanoines séculiers et conseils de prélats en France, à la fin du Moyen Âge; p. 104.

2Sophie Wahnich, Recevoir et traduire la voix du peuple (ibid. p.349-372).

3 ibid., p.359.

4Un exemple (op. cit., p.54): Qu’il ne puisse exister d’énoncé qui ne se soutienne de sa relation à un sujet de l’énonciation, c’est pourtant ce que nous enseignent les progrès récents de la linguistique et l’expérience la plus commune.

5 ibid., p.26-27.

6 ibid., p.27: une note indique que le linguiste Jakobson repère un prototype de ce discours/guerre dans l’énoncé “Allô, vous m’entendez?”!!!

7 Dans la période récente, de part et d’autre de l’Atlantique, on peut citer Starhawk ou Donna Haraway, l’une et l’autre souvent commentées par Isabelle Stengers, par exemple in Philippe Pignarre & Isabelle Stengers, La sorcellerie capitaliste – Pratiques de désenvoûtement : Ce qui réussit à faire coïncider asservissement, mise au service et assujettissement, production de ceux et celles qui, librement, font ce qu’ils ont à faire, a un nom depuis longtemps. C’est quelque chose dont les peuples les plus divers, sauf nous les modernes, savent la nature redoutable et la nécessité de cultiver, pour s’en défendre, des moyens appropriés. Ce nom est sorcellerie (éd. La Découverte-Poche 2007, p.54).

8 Jeanne Favret-Saada, op. cit. p.51.

9 ibid. p.196.

10 ibid. p.195.

11 ibid. p.131-132.

12 ibid. p.213.

13 ibid., p.128.

14 ibid., p.329.

15 Marcel Détienne, Retour sur comparer et arrêt sur comparables (op. cit. p.417-418).

16 De cette réalité, Gabriella Rosseti donne la meilleure formule: Le modèle politique est un modèle réalisé, et non spontané ou conçu en théorie, il se fixe des objectifs chaque fois très clairs, n’est pas répétitif, ni dupliqué par imitation, mais mûri par l’expérience. (Entre Pise et Milan, op. cit. p.238).

17 Marcel Détienne, Des pratiques d’assemblée aux formes du politique (op. cit. p.22).

18Everyone has the right, peacefully and unarmed, to assemble, to demonstrate, to picket and to present petitions (cité par Philippe-Joseph Salazar, Afrique du Sud – Éloges démocratiques, op. cit. p.33).

19 Pierre-françois Souyri, Des communautés monastiques dans le Japon médiéval (op. cit. p.90 & 92).

20 Andras Zempléni, Les Assemblées secrètes du Poro Sénoufo (Nafara, Côte d’Ivoire) – (op. cit., p.107 à 140, passim).

21 Iaroslav Lebedynsky, Les Cosaques – Rites et métamorphoses d’une “démocratie guerrière” (op. cit. p.152).

22 Georges Charachidzé, En Circassie: comment s’occuper du gouvernement des hommes (op. cit. p.192).

23 Yves Schemeil, Entre le Tigre et le Nil, hier et aujourd’hui (op. cit. p.295).

24Quelques clairières au milieu de la grande forêt des inégalités féroces et des hiérarchies naturelles, ajoute Marcel Détienne (Des pratiques…, loc.cit., p.27-28).

25 Jacques Guilhaumou, Un argument saisi dans le mouvement démocratique: la souveraineté délibérante, à Marseille (op. cit. p.339).

26 ibid. p.344-345.

27 Sophie Wahnich, loc. cit. p.349-350.

28 Marc Abélès, Revenir chez les Ochollo (op. cit. p.404).

29 Marcel Détienne, Retour sur…, loc. cit. p.419.

30 ibid. p.428.

31 Karine Espineira, op. cit. passim.

32 ibid. p.52.

33 Maud-Yeuse Thomas, citée ibid. p.15 & 147.

34 ibid. p.25.

35 ibid. p.27, 35, 40, 72, 103 & 121.

36 ibid. p.155 & 168.