Demander à Assia Djebar

télécharger au format .pdf

Demander à Assia Djebar

En italiques ci-dessous, citations extraites des titres suivants indiqués par leurs initiales avec pagination:

Les enfants du nouveau monde (éd. Julliard 1962 EN)

Les alouettes naïves ( éd. Julliard1967 AN)

Femmes d’Alger dans leur appartement (éd. Des femmes 1980, rééd. Albin Michel 2002 FA)

L’amour, la fantasia (éd. J.-C. Lattès1985 AF)

Ombre sultane (éd. J.-C. Lattès1987 OS)

Loin de Medine (éd. Albin Michel 1991 LM)

Vaste est la prison (éd. Albin Michel 1995 VP)

Le blanc de l’Algérie (éd. Albin Michel 1995 BA)

Oran, langue morte (éd. Actes Sud1997 OL)

Les nuits de Strasbourg (éd. Actes Sud1997 NS)

Ces voix qui m’assiègent (éd. Albin Michel 1999 VA)

La femme sans sépulture (éd. Albin Michel 2002 FS)

La disparition de la langue française (éd. Albin Michel 2003 DL)

L’écriture entre histoire et philosophie

Répondre de nos questions plutôt qu’à celles-ci, ce pourrait être la tâche commune à l’écrivain et au lecteur. Mais quelles questions sont les plus propres à l’exercice de l’écriture et de la lecture? Ici la tentation est grande d’imaginer d’abord un de ces ordres, catégories ou donnés d’avance, plus conforme à nos préjugés qu’à notre expérience. Une femme, algérienne, libérée, intellectuelle professionnelle, a publié en quarante ans une quinzaine d’ouvrages et réalisé deux films. On imagine, des deux côtés (pire ou meilleur, peu importe) de l’écriture et de la lecture le poids d’exotisme lestant ces étiquettes. De la femme au féminisme, de l’Algérie au romantisme sanglant, de la libération au prosélytisme, de l’intellectuelle à la coquetterie des mots, des phrases, des messages. J’en passe, en oubliant par exemple la surcharge équivoque qui recouvre chez nous la seule évocation de l’Islam, voire de l’arabe dévoilée. Comme elle rêve d’un cinéma d’aveugles que fouaillerait l’ardent désir de vraiment regarder (VP 296), il faudrait une lecture sourde à tout ce qu’on attend, à tout ce qu’on entend déjà trop dans la réponse à la question “qui est l’auteur?”. Appelons donc Isma (le nom, dit-elle – VP 331) ce qu’il faudrait faire taire pour répondre de nos questions au lieu d’être assourdi par les réponses polies d’avance.

Lire la suite

L’éclairage public: une énergie diffuse

Télécharger au format .pdf

à propos de:

Éveline Pinto (dir.) Pour une analyse critique des médias – Le débat public en danger, éd. du croquant, coll. champ social 2007.

Louis Pinto (dir.) Le commerce des idées philosophiques, éd. du croquant, coll. champ social 2009.

Revue Agone Les intellectuels, la critique & le pouvoir n°41/42 coordonné par T. Discepolo, C. Jacquier & P. Olivera, éd. Agone 2009.

Revue Offensive Divertir pour dominer – La culture de masse contre les peuples, éd. L’Échappée 2010.

Gérard Noiriel Dire la vérité au pouvoir – Les intellectuels en question (nouvelle édition revue et actualisée de Les fils maudits de la République – L’avenir des intellectuels en France, éd. Fayard 2005), éd. Agone 2010.

Noam Chomsky Raison & liberté – Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels, textes choisis, éd. Agone 2010.

Peter Sloterdijk Règles pour le parc humain, suivi de La domestication de l’Être – Pour un éclaircissement de la clairière, trad. Olivier Mannoni, éd. Mille et une nuits – éd. Arthème Fayard 2010.

Bruno Latour

La mondialisation fait-elle un monde habitable?, in Territoire 2040 – Prospectives périurbaines et autres fabriques de territoire, Revue d’étude et de prospective n° 2, pp. 9-18, 2009

Cogitamussix lettres sur les humanités scientifiques, éd. La Découverte 2010.

L’éclairage public:

une énergie diffuse

On s’éclaire comme on peut. On sait que l’éclairage public est un drôle d’objet à beaucoup de titres, tous paradoxaux. D’usage privé mais pour tous, réseau commun mais très divers, comprenant aussi bien l’éclatant gaspillage que la parcimonie avaricieuse, irrésistible engagement à consommer et sourde menace très peu engageante – tout un aménagement invisible (câbles souterrains, sources hors de portée, luminescence diurne dans la nuit noire…) au service de la seule visibilité. Cet objet n’est pas un objet mais une ressource enveloppante que la pratique sociale seule peut distinguer, dans l’actualité de sa demande. De banane bleue en ring, de belt en mégalopole, le minuscule réverbère ne se laisse pas oublier. En vol, pas trop loin du sol, les pauvres hublots de l’avion de nuit laissent voir ces drôles de trous d’aiguille lumineux et agités, mobilisant une “carte” fuyante de rayons, dentelles étranges, neurones poussant ou tirant synapses et dendrites en étoiles terrestres, cosmos de vers brillants ou tentacules perdues. On serait, à moins, tenté par les métaphores sensibles – c’est le cas de le dire. Moi aussi j’essaie de m’éclairer – et qui sait ce que ça donne, de près ou de loin?

Lire la suite

Comment ça se passe quand ça ne va plus

Télécharger au format .pdf

à propos de:

W. E. B. Du Bois, Les âmes du peuple noir – édition établie par Magali Bessone, La Découverte-Poche 2007

Didier Fassin & Patrice Bourdelais (dir.), Les constructions de l’intolérable – Etudes d’anthropologie et d’histoire sur les frontières de l’espace moral – éd. La Découverte, coll. Recherches 2005

Isabelle Delpla & Magali Bessone (dir.), Peines de guerre – La justice pénale internationale et l’ex-Yougoslavie – éd. Ehess 2010

Comment ça se passe quand ça ne va plus

ou

Les sentiers de notre justice

Une question très embêtante en république est d’accomplir ou de mesurer notre responsabilité dans ce qui se produit en notre nom. Ce qu’on appelle “justice” est un bon exemple: quoi que nous mettions dans ce sac, il est difficile de ne pas nous y mettre. Non que nous tenions toute la place, mais enfin “au nom du peuple” n’est pas tout à fait une blague si ce n’est pas tout à fait une évidence. Pas plus collectivistes que ça, nous hésitons à nous croire vraiment engagés par des décisions auxquelles peu d’entre nous participent directement. Mais pas plus individualistes que ça, nous ne pouvons non plus nous dégager de situations dont nous voyons bien – surtout quand elles sont déplaisantes ou pires – qu’elles nous mettent en cause. La plupart du temps, entre engagement très modéré et dégagement très incertain, nous faisons comme tout le monde: on s’arrange. Il faut des situations vraiment critiques pour que l’arrangement ordinaire ait un peu de mal à passer, contraint de changer ou d’aller voir ailleurs. Ce sont de telles situations que ces trois livres examinent, ou plutôt creusent, puisqu’ils invitent à y demeurer.

Lire la suite

L’usage des bonnes leçons

Télécharger au format .pdf

À propos de:

Jacques Rancière, Le spectateur émancipé, éd. La Fabrique 2008

Isabelle Stengers, Au temps des catastrophesRésister à la barbarie qui vient, éd. Les empêcheurs de penser en rond – La Découverte, 2008 (cité ici sous IS)

Comité invisible, L’insurrection qui vient, éd. La Fabrique 2007

(ci-dessous les propos en italiques sont extraits de ces livres)

L’usage des bonnes leçons

Cassandre, autant pourvue du pouvoir de prévenir que privée de celui de persuader, est devenue depuis longtemps une figure commune, de notre côté du monde. Pour être courante, la formule n’en demeure pas moins étrange, si l’on songe à quel point elle décourage tout usage. Du malheur annoncé, de la chute prochaine, de l’erreur attendue, du raté prévu, nous espérons la joie d’apprendre quelque chose – mais c’est pour réduire aussitôt cet espoir à sa vanité. Autant dire de cette expérience qu’elle est un peigne pour chauves, et que ce savoir-avant ne vaut pas mieux que le savoir-après. Nos “plus jamais ça” croûlant sous les répétitions inépuisables, pourquoi rêver d’une prévention efficace? De derrière nous n’avons guère appris, comment apprendrions-nous de devant? Drôle d’expérience: sa vérité serait d’autant plus grande que son usage serait nul. “Cause toujours!”, dit-on à Cassandre, pour la déclarer à la fois reine et folle, juste et inutile. Avoir raison trop tôt ne vaut pas mieux qu’avoir tort.

Lire la suite

Demander à Faulkner

Télécharger au format .pdf

À propos de:

William FAULKNER

Toutes les références dans la pagination des éditions suivantes:

Monnaie de singe (Soldiers’pay 1926); éd. Flammarion 1987 (cité MS)

Moustiques (Mosquitoes 1927); éd. de Minuit 1958 (cité M)

Sartoris (1928) éd. Gallimard 1949, coll. Folio 1977 (cité SA)

Le bruit et la fureur (The sound and the fury 1929); éd. Gallimard 1972, coll. Folio 2005 (cité B)

Sanctuaire (Sanctuary 1930); éd. Gallimard NRF 1933 (cité S)

Le hameau (The hamlet 1931); éd. Gallimard 1959, coll. Folio 1998 (cité H)

La ville (The town 1932); éd. Gallimard NRF, coll. Du monde entier 1962 (cité V)

Lumière d’août (Light in August 1932); éd. Gallimard NRF 1948 (cité L)

Pylône (1934) éd. Gallimard 1946, coll. Folio 2005 (cité PY)

Tandis que j’agonise (As I lay dying 1934); éd. Gallimard 1934, coll. Folio 2004 (cité T)

Absalon! Absalon! (Absalom! Absalom! 1936); éd. Gallimard NRF 1953 (cité A)

L’intrus (Intruder in the dust 1948); éd. Gallimard NRF 1952 (cité I)

Requiem pour une nonne (Requiem for a nun 1950), éd. Gallimard 1957, coll. Folio 2008 (cité R)

Parabole (A Fable 1950) , éd. Gallimard 1958, coll. Folio 1997 (cité P)

Le domaine (The mansion 1955); éd. Gallimard 1962, coll. Folio 2004 (cité D)

Demander à Faulkner

Cette bâtarde d’un chirurgien

et d’une sténographe

que vous appelez votre âme

M, p.157

Il y a des choses pour lesquelles

trois mots sont de trop,

et trois mille pas assez.

A, p.145.

Se faire” une idée ou une raison, “faire” connaissance: notre langue mêle curieusement l’eau de la théorie avec le feu de la pratique, ou l’inverse. Peut-être parce que nous aimerions beaucoup ça: comprendre, même un peu, ce qui se passe, histoire d’en faire du même coup quelque chose – comme si nous doutions, souvent, d’y faire (et même d’y être pour…) quelque chose.

La lecture de Faulkner n’est sûrement pas la seule à répondre, mais l’une des plus tentantes: quatre décennies d’écriture ininterrompue (jusqu’aux “faiblesses” dont on accuse l’alcool faulknérien) charrient les paradoxes qui ressemblent à ce désir bardé de doute. L’énergie de l’écrivain n’a d’égale que la désillusion féroce du récit; le sombre désespoir de tout est percé de minces mais éblouissants traits de lumière; le texte ne craint pas plus l’illisibilité stupéfiante que l’empathie la plus fraternelle; une sympathie enfin, aussi loin de la compromission que de l’esprit de sérieux, achève de laisser croire, cinquante ans après la mort du Nobel, à une actualité dont il vaudrait de faire l’épreuve.

Lire la suite

« Nous savons bien mais quand même… » L’exemple de la revue Cosmopolitiques

Télécharger au format .pdf

« Nous savons bien mais quand même… »

L’exemple de la revue Cosmopolitiques

Musil écrit quelque part la propension à vivre-de quand on renonce à vivre-dans ; le feu, par exemple, ne va pas si mal en spectacle de cheminée. On pourrait aussi bien songer à vivre-avec, ce tiers morceau choisi de nos accointances possibles. Ici entre autres, telles éthologues remarquent le contraste majeur entre deux modes d’élevage : vivre-avec ou vivre-de, domestication et exploitation1. Les cinq années de la revue Cosmopolitiques explorent ce tiers état sans lasser ni se lasser. On y voit les principes ou les fins qui nous font vivre, accompagnés des faits, actions ou moyens dont on pourrait bien vivre, mais aussi des risques et des objections, des fausses pistes et des dérapages qui font de la vie une course plus ou moins bien ou mal ralentie. On pourrait y voir l’œuvre difficile de toute association – dont celle qu’on appelle un peu vite « société » – misant à la fois sur la réciprocité et l’asymétrie des partenaires. On pourrait y voir la version longue et très peuplée de l’espace herbeux que les Islandais montrent aux visiteurs sous le nom de Althing, décrit comme « le plus vieux parlement d’Europe ». On y voit surtout la visée d’une démocratie dont l’essence est l’incertitude acceptée mais aussi contrôlée, incertitude et complexité dûment apprises d’une écologie comme science, appliquée ici à explorer et si possible composer un peuple ou un monde comme un seul monde où nous ne sommes évidemment pas seuls. On n’hésite donc pas à faire avec – suivre au moins, accompagner peut-être et dialoguer au plus – ces remarquables éclats de ce qu’on se surprend à considérer comme l’évidence divinement déclarée : nous n’avons jamais agi ni pensé autrement qu’ainsi, loin des faux semblants mais tout près des malentendus révélés autant que des réalités cachées.

Lire la suite

Que dire, si dire ne fait rien ? Que faire, si faire ne dit rien ?

Télécharger au format .pdf

À propos de:

Predrag Matvejevic, Vidosav Stevanovic, Nikola Kovac, Ivan Djuric, Francis Combes, Christian Petr:

ex-Yougoslavie Sarajevo, le miroir brisé; éd. Le temps des cerises 1995 (cité ici sous SMB)

Predrag Matvejevic, Vidosav Stevanovic, Zlatko Dizdarevic:

Ex-Yougoslavie, Les seigneurs de la guerreMilosevic, Tudjman, Karadzic, Mladic, Seselj, Arkan, Susak et les autres… ; éd. L’esprit des péninsules 1999 (cité ici sous SLG)

Paul Garde:

Fin de siècle dans les Balkans – 1992-2000,analyses et chroniques; éd. Odile Jacob 2001 (cité ici sous FSB)

Vidosav Stevanovic:

Voleurs de leur propre libertéJournal de la solitude; traduit du serbe par Mauricette Begic et Nicole Dizdarevic, éd. L’esprit des péninsules 2003 (cité ici sous VPL)

Isabelle Delpla (articles)

Justice internationale et réconciliation: les plaidoyers de culpabilité, un paradigme rhétotrique?, in Après le conflit la réconciliation? ss la dir. de S. Lefranc, éd. Michel Houdiard 2006 (cité ici sous JIR)

Incertitudes privées et publiques sur les disparus en Bosnie-Herzégovine, in Crises extrêmes, ss la dir. de Le Pape, Siméant et Vidal, éd. La découverte 2006 (cité ici sous IPD)

Que dire, si dire ne fait rien?

Que faire, si faire ne dit rien?

Ces questions tournent depuis si longtemps qu’il y a quelque grossièreté à s’en laisser saisir. Moins tournantes qu’errantes, se dit-on: le saisissement court le risque du divertissement, quand l’action, elle, bonne ou mauvaise, n’attend pas. Agir n’est ni faire ni dire – train lancé, entrain que nul ou tous entraînent, entraînés ou embarqués que nous sommes, n’est-ce pas? Pas besoin de questions donc: cette histoire ne se fait sans doute pas sans nous mais nous n’y pouvons pas grand’chose, nous autres subalternes, tout juste bons à croire que nous faisons ce que nous pouvons et disons ce que nous pensons.

Pour peu cependant qu’on tâche de penser ce que nous disons, de juger ce que nous faisons, les mêmes questions reviennent comme frelons. Les rudes épisodes balkaniques de ces quinze dernières années, même entre autres, sont de ceux qui travaillent ainsi, vrombissant de leurs séquelles ponctuées par les “nouvelles” – piqûres de rappel. Un tribunal international est encore là qui fait régulièrement parler de lui; telle ou telle manifestation est encore ici (anniversaire ou pétition, urgence ou souvenir) qui signalent que d’autres vivent ou meurent, à l’instant, de ce passé. “Autres”? “Passé”? C’est justement ce que le train de l’action, la machine de l’histoire, ne dit pas, indifférente qu’elle est à tout définitif, arrêt ou diktat. Elle passe mais ne laisse rien passer si laisser passer veut dire connaître une fois pour toutes. Son ironie est fameuse: elle ne laisse rien passer parce qu’elle laisse tout passer.

Lire la suite

Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !

Télécharger au format .pdf

À propos de : Robert MUSIL, Journaux, tome II; traduction établie et présentée par Philippe Jaccottet d’après l’édition allemande d’Adolf Frisé ; éd. du Seuil 1981.

Dire qu’il faut tout nous répéter dix fois !1

Dix… vingt… et même cent? Vingt-cinq années après cette publication prenons l’occasion aux cheveux, puisque les décennies qui nous écartent de Musil nous rapprochent là-dessus. Son exclamation désolée prend aujourd’hui des allures d’évidence insupportable2. Clamé encore ici ou là, le “Plus jamais ça!” est-il autre chose qu’un nœud de langue de bois?

Lire la suite

Luc : 6,1 à 19 – Zazique : ouiquinde…

Télécharger au format .pdf

Lecture critique

de L’évangile de Luc

(traduction Segond)

6,1 à 19

Zazique : ouiquinde

Phil0logique : sabbaton & dunamis

Enfantin : de la terre à la lune

Catholique : urbi et orbi

Russe : paix et guerre

Freudien : Narcisse et Œdipe

Grec : Épiméthée et Prométhée

Éloquent : l’Impuissance et la Force

Nous commençons à entrevoir la leçon; nous y avons accroché quelques mots (liberté, enseigner, pardon) et même quelques idées. Les mots vont encore, ce ne sont que des mots. Mais les idées exigent réflexion, c’est-à-dire interrogation. L’une d’elles par exemple ressemble à une énigme: Jésus agit dans la mesure où il ne fait rien. Admettons le fait, amplement décrit dans les versets qui précèdent autant que dans ceux qui vont suivre. Mais l’idée demeure obscure, devient formule ou signal et non sens. Elle signale l’usage par Luc d’exemples certes choisis avec intention; elle formule sans doute cette grande affaire de la liberté à l’horizon de laquelle nous lisons le texte. Mais enfin le sens nous échappe encore.

Lire la suite

Luc : 5 – « Pardon ? »

Télécharger au format .pdf

Lecture critique

de L’évangile de Luc

(traduction Segond)

5

Pardon ?”

C’est une caractéristique de notre tradition politique d’exclure un grand nombre d’authentiques expériences politiques, parmi lesquelles nous ne serons pas surpris d’en trouver de réellement fondamentales. Certains aspects de la doctrine de Jésus qui ne sont pas essentiellement liés au message chrétien comptent certainement parmi ces expériences, bien qu’on les ait négligés en raison de leur nature prétendue exclusivement religieuse.

Hannah Arendt

Sortir dans le monde, donc: c’est ainsi que, paradoxalement, Luc précise la fonction d’enseigneur que Jésus est jusqu’ici censé représenter. Le paradoxe est d’ailleurs dans ce texte (26). Chose étrange que ce savoir développé en pouvoir; chose étrange que l’exactitude théorique, la minutie érudite, la manie bibliophile, carrément traduites en efficacité pratique, en compétence technique, en qualification visible. Après la cohérence de Luc, il faudrait encore relever ce à quoi les gigognes nous ont exercés: cet art achevé de la transition qui mêle en incessants relais. Tout à l’heure le médecin et le prophète, maintenant l’orateur et le sorcier, le publicain et le pharisien. Luc pense et danse, avec cette agilité qui nous laisse le regret de ne pas lire ou dire, de ne jamais assez lire ou dire la géniale banalité du texte intelligible sans intelligence, actuel sans nouveauté, personnel sans originalité, et précisément ici divin sans dieu.

Lire la suite