« ça fait combien? »

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André Orléan,

Le pouvoir de la finance, éd. Odile Jacob 1999 (1)

L’empire de la valeurRefonder l’économie, éd. du Seuil 2011 (2)

(extraits cités ci-dessous en italique, signalés en chiffre et pagination)

«Ça fait combien?»

Nous ne parlons qu’ainsi. Est-ce là une «pathologie»? Non. À moins qu’évoluer, c’est-à-dire vivre, ne soit pathologique. Mais, en effet, pourquoi pas ?

Jean Pouillon

Qui?, quoi?, quand?, où? et même comment? – voilà bien des questions sérieuses, mais enfin pas tous les jours. Ces jours-ci, ce qui semble nous intéresser se dit autrement: ça coûte combien? Au lieu des quatre ou cinq chemins susdits (en longs et larges, profonds et plus nombreux encore, ils tournent en majuscules savantes: Individualisme, Ontologisme, Historicisme, Relativisme, Matérialisme…), mon quotidien passe par le chemin de ma poche, mon porte-monnaie. Suis-je donc bête, Harpagon ou Jean-Foutre?

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En route vers le bon marché

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Michel Callon,

L’emprise des marchés – Comprendre leur fonctionnement pour pouvoir les changer

éd. La Découverte, 2017

(ci-dessous avec pagination, passages cités en italiques)

En route vers le bon marché

Combien sommes-nous à nous rendre si plaisamment au marché du coin, quand nous sommes si terriblement convaincus des horreurs du Marché à majuscules, Consommation, Bourse, Finance, Capitalisme? Voilà d’ailleurs un mot de titre qui me va hélas comme un léger remords au moment de régler ma salade à l’étal ou mon chariot à la caisse: ah là là, quelle emprise, tout de même, hein? Et dire que la capture nous plaît, par-dessus le marché, pauvres de nous!

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Tout est relatif… mais à quoi?

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À propos de :

(1) Jean Maisondieu, Les alcooléens, éd. Bayard, coll. Psychologie 2005

(2) Luc Boltanski, Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt, Stéphane Van Damme (dir.), Affaires, scandales et grandes causes – De Socrate à Pinochet, éd. Stock, coll. Les essais 2007

(3) Pierre Livet & Frédéric Nef, Les êtres sociaux – Processus et virtualité, éd. Hermann, coll. Philosophie 2009

(4) Claude Lévi-Strauss, Nous sommes tous des cannibales, éd. Seuil, coll. La librairie du XXIe siècle 2013

(5) Michel Fleuriet, Un banquier se rebelle – Réponses à vingt-cinq idées reçues, éd. Nuvis 2013

en italiques ci-dessous, ouvrages cités (1) à (5) suivi de la pagination

Tout est relatif… mais à quoi?

Ça dépend” : est-ce paresse ou sagesse ? Paresse, puisque cette manière de réponse la récuse deux fois du même coup : une fois en renvoyant à plus tard ce qui en déciderait, une fois en la privant d’objet au nom de l’intransitif. Mais sagesse après tout : il est bien vrai que la dépendance commande en toutes choses, bêtes, hommes, et Terre comprise. Il est donc tentant de prendre au sérieux ce qui semble d’avance éviter (paresse) ou dépasser (sagesse) tout sérieux. Relativité, autre nom d’une dépendance universelle, n’est-ce pas d’ailleurs le nom d’une physique objective, qui ne recule nullement devant l’effort d’une réponse ? Restreinte et même générale, elle ressemble assez peu à ce qu’on nomme “relativisme” pour y dénoncer le saut de la relation à la valeur : si tout dépend de tout, alors tout “est” dans tout, tout vaut et se vaut – donc rien ne vaut.

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QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

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À propos de :

Dominique BOULLIER, Derrière chez moi… Le bois de Sœuvres à Rennes; éd. Textuel 2001. (1)

Patrick CINGOLANI, La république, les sociologues et la question politique; éd. La Dispute 2003. (2)

Philip PETTIT, Penser en société – Essais de métaphysique sociale et de méthodologie; tr. fr. A. Bouvier, B. Guillarme, P. Livet, A. Ogien; éd. PUF 2004. (3)

James SUROWIECKI, La sagesse des foules; tr. fr. E. Riot; éd. JC Lattès 2008. (4)

Serge REGOURD, Vers la fin de la télévision publique? Traité de savoir-vivre du service public audio-visuel; éd. de l’attribut 2008. (5)

Dominique CARDON & Fabien GRANJON, Médiactivistes; éd. Presses de la FNSP 2010. (6)

Alain BADIOU, Pierre BOURDIEU, Judith BUTLER, Georges DIDI-HUBERMAN, Sadri KHIARI, Jacques RANCIÈRE, Qu’est-ce qu’un peuple?; éd. La fabrique 2013. (7)

Extraits de ces ouvrages, repérés ci-dessous en italiques de (1) à (7)

QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

Extraire de publications plutôt récentes une poignée de celles qui répondraient à cette question relève évidemment de la bizarrerie. “On” n’est pas un sujet. L’assujettissement ici ne renverrait qu’à l’indéfendable arbitraire, récent ou pas. “On” est partout donc nulle part, de tout âge, terrain ou domaine, donc d’aucun – passoire ou filtre absurde, capable d’arrêter ou laisser passer au hasard moucherons ou chameaux, puces comme éléphants. Pourquoi diable tenter de suivre pareil non-sujet?

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Luc : 17,1 à 10 – Arrivée

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Lecture critique

de L’évangile de Luc

(traduction Segond)

17,1 à 10

Arrivée

Considérons ce tiers de chapitre à la manière scolaire que Luc a si souvent empruntée; alors c’est une conclusion. Il se trouve que la tradition exégétique favorise cette considération, en posant que l’indication textuelle (ici en 11) de la remise en route vers Jérusalem rythmerait le récit de l’aventure de Jésus. Admis le point de vue de la conclusion, les choses s’éclairent à peu près, au moins formellement: l’affaire commencée en 13,22 (jusqu’à 14 compris: ladite « ambulance » ou mise en crise de l’être), articulée en 15 (jusqu’à 16 compris: ledit « paysage » ou mise en crise de l’avoir) s’achèverait ici sous forme de leçon. C’est là pourtant que la lumière baisse: s’il y a conclusion, on est bien en peine d’y faire tenir tout le texte. Il est vrai que deux mots vont bien: dire que mon salut ne dépend ni de ce que je suis ni de ce que j’ai, c’est en effet dire que je suis un « serviteur inutile » (10), On retrouve ici l’implacable innocence des textes précédents, qui ne voulait rien savoir ni de nos talents ni de nos mérites. Mais alors que faire du si fameux scandale? Et surtout que faire du non moins fameux pardon, figure ici du cheveu sur la soupe: s’agit-il de retirer in extremis toute sa brûlure au sel des plus de trois chapitres précédents ?

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Osée – La comptine d’Osée ou le fantasme de l’individu

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Lecture critique

de livres prophétiques

(traduction Segond)

Osée

La comptine d’Osée ou le fantasme de l’individu

Osée envisage le pire – à ce titre il ressemble à beaucoup d’autres prophètes. La lecture ne le rendrait ni plus ni moins lisible que Jonas ou Ésaïe. Osée est étrange en ceci seulement qu’il ne paraît pas étrange, pas différent des autres textes figurant le mal et ses masques. Jonas est rigolo, Job émouvant, Élie sévère, Ésaïe rigoureux, mais Osée? Osée est banal, fait jouer les cordes de l’aigü et du grave, du pire et du meilleur, du ceci et du cela, en un panorama musical, alterné, balancé. On croirait une comptine, dont on reconnaît l’air, et ron et ron petit patapon. La chanson est “biblique” certes: poésie des images, concision des métaphores, tranchant exact des formules. Mais enfin c’est « la Bible » en général et pas seulement Osée. On pourrait ne pas le lire, ou lire autre chose, c’est du pareil au même. Encore ce peu de sens n’est-il lui-même guère original: l’Ecclésiaste aussi dit l’alternance des misères et des grandeurs. Ici bien sûr on dit que nous serons sauvés, qu’il y a de la place dans la maison du père – mais je savais déjà que papa et maman ne me laisseront pas tomber. Quoi de neuf, donc? L’ancienneté du texte est sans doute une indication: vingt-huit siècles, c’est un bail, mais lequel? On répond que l’humanisme est plus vieux que la démocratie grecque , qu’il est hébraïque en son fond. Amos, Osée, sont les ancêtres dont nous héritons sous le nom de respect de la vie ou de droits des hommes. Ces raccourcis impressionnants ne rendent pourtant guère compte du texte, de celui-ci plutôt qu’un autre. Or il est assez clair, développé, précis – et puisqu’il réclame notre “intelligence” (7,11 & 14,9) comme si nous n’avions que ça à faire, exerçons-la un moment.

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