En route vers le bon marché

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Michel Callon,

L’emprise des marchés – Comprendre leur fonctionnement pour pouvoir les changer

éd. La Découverte, 2017

(ci-dessous avec pagination, passages cités en italiques)

En route vers le bon marché

Combien sommes-nous à nous rendre si plaisamment au marché du coin, quand nous sommes si terriblement convaincus des horreurs du Marché à majuscules, Consommation, Bourse, Finance, Capitalisme? Voilà d’ailleurs un mot de titre qui me va hélas comme un léger remords au moment de régler ma salade à l’étal ou mon chariot à la caisse: ah là là, quelle emprise, tout de même, hein? Et dire que la capture nous plaît, par-dessus le marché, pauvres de nous!

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Participe présent

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Cette recension a été publiée sur le site EspaceTemps.net, le 21/07/2014

À propos de :

Michel Lussault, L’avènement du monde – Essai sur l’habitation humaine de la terre, éd. Seuil, coll. La couleur des idées, 2013.

Jacques Lévy, Réinventer la France – Trente cartes pour une nouvelle géographie, éd. Arthème Fayard 2013.

En italiques ci-dessous, ouvrages cités ML ou JL suivi de la pagination

Participe présent

Habiter est une drôle de chose. La langue m’informe qu’avoir c’est du même coup se tenir (plutôt bien que mal, sans doute), arranger une aptitude (qu’on suppose donc pas tout à fait nulle), s’habiliter en somme à quelque habileté. Diable : les habits qui nous portent, les habitations qui nous logent, les habitudes qui nous traînent – tout cela renverrait donc à des actes (intentions et défis à relever) sinon des valeurs (implications et complications) plus qu’à de “simples” faits? Je croyais “avoir des trucs”, “utiliser des machins” comme tout le monde, et voilà qu’ils s’agitent en demandes impératives, en signes délibérés, en révélations inouïes? Ô Perec et ses Choses! Je sais bien mais quand même: je choisis, achète ou vends, prélève ou rejette, adopte ou me débarrasse – mais de là à penser que ces petits riens quotidiens, ces ménagements de broutilles, signeraient toute une existence, il y a loin, non?

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Notre expérience: une traversée

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À propos de :

Gérard Prunier, Rwanda: le génocide (1995 – trad. fr. 1997 & 1999 éd. Dagorno) – cité ci-dessous GP

Jean-Pierre Chrétien (dir.), L’Afrique de Sarkozy – Un déni d’histoire (éd. Karthala 2008) – cité ci-dessous JPC

André Guichaoua, Rwanda, de la guerre au génocide – les politiques criminelles au Rwanda (1990-1994) éd. La Découverte 2010 – cité ci-dessous AG

Notre expérience: une traversée

En kyniarwanda, il paraît1 qu’on dit Agahinda k’inkoko kamenywa n’inkike yatoyemo – “le chagrin de la poule n’est connu que par la basse-cour”. Nous autres volaille caquetante disposons cependant d’une basse-cour aussi avertie que large et plutôt durable. Ces livres en font foi. Le premier n’a pas mis plus d’un an pour faire connaître (en anglais, d’abord2 ) ce chagrin-là, tandis que le troisième, quinze ans après, en décline encore les tenants et aboutissants. Quant au deuxième, en poussin apparemment noir, quelques mois lui ont suffi pour épingler un “discours de Dakar” dont la portée de chagrin, pour être aussi ancienne que sa formidable volonté d’ignorance3 , n’en reçut pas moins sa juste lecture de basse-cour.

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L’éclairage public: une énergie diffuse

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à propos de:

Éveline Pinto (dir.) Pour une analyse critique des médias – Le débat public en danger, éd. du croquant, coll. champ social 2007.

Louis Pinto (dir.) Le commerce des idées philosophiques, éd. du croquant, coll. champ social 2009.

Revue Agone Les intellectuels, la critique & le pouvoir n°41/42 coordonné par T. Discepolo, C. Jacquier & P. Olivera, éd. Agone 2009.

Revue Offensive Divertir pour dominer – La culture de masse contre les peuples, éd. L’Échappée 2010.

Gérard Noiriel Dire la vérité au pouvoir – Les intellectuels en question (nouvelle édition revue et actualisée de Les fils maudits de la République – L’avenir des intellectuels en France, éd. Fayard 2005), éd. Agone 2010.

Noam Chomsky Raison & liberté – Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels, textes choisis, éd. Agone 2010.

Peter Sloterdijk Règles pour le parc humain, suivi de La domestication de l’Être – Pour un éclaircissement de la clairière, trad. Olivier Mannoni, éd. Mille et une nuits – éd. Arthème Fayard 2010.

Bruno Latour

La mondialisation fait-elle un monde habitable?, in Territoire 2040 – Prospectives périurbaines et autres fabriques de territoire, Revue d’étude et de prospective n° 2, pp. 9-18, 2009

Cogitamussix lettres sur les humanités scientifiques, éd. La Découverte 2010.

L’éclairage public:

une énergie diffuse

On s’éclaire comme on peut. On sait que l’éclairage public est un drôle d’objet à beaucoup de titres, tous paradoxaux. D’usage privé mais pour tous, réseau commun mais très divers, comprenant aussi bien l’éclatant gaspillage que la parcimonie avaricieuse, irrésistible engagement à consommer et sourde menace très peu engageante – tout un aménagement invisible (câbles souterrains, sources hors de portée, luminescence diurne dans la nuit noire…) au service de la seule visibilité. Cet objet n’est pas un objet mais une ressource enveloppante que la pratique sociale seule peut distinguer, dans l’actualité de sa demande. De banane bleue en ring, de belt en mégalopole, le minuscule réverbère ne se laisse pas oublier. En vol, pas trop loin du sol, les pauvres hublots de l’avion de nuit laissent voir ces drôles de trous d’aiguille lumineux et agités, mobilisant une “carte” fuyante de rayons, dentelles étranges, neurones poussant ou tirant synapses et dendrites en étoiles terrestres, cosmos de vers brillants ou tentacules perdues. On serait, à moins, tenté par les métaphores sensibles – c’est le cas de le dire. Moi aussi j’essaie de m’éclairer – et qui sait ce que ça donne, de près ou de loin?

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Propos de salle d’attente : où va-t-on ?

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À propos de:

Bruno Latour, Pasquale Gagliardi (dir), avec Philippe Descola, François Jullien, Gilles Kepel, Derrick de Kerckhove, Giovanni Levi, Sebastiano Maffetone, Angelo Scola, Peter Sloterdijk, Isabelle Stengers, Adam Zagajewski : Les atmosphères de la politique – Dialogue pour un monde commun; éd. Les Empêcheurs de penser en rond 2006 (cité ici sous AP).

Peter Sloterdijk, Le palais de cristal – À l’intérieur du capitalisme planétaire, trad. de l’allemand par Olivier Mannoni; éd. Maren Sell 2006 (cité ici sous PC).

Propos de salle d’attente :

où va-t-on ?

On ne peut pas exclure que nous soyons à un seuil de coopération…

il nous faudra attendre le jugement des générations ultérieures…

Cela répondra-t-il aux espoirs de processus de paix mondiaux…? L’avenir nous le dira.”

Peter Sloterdijk1

Nous attendons beaucoup” peut se lire de deux façons dans notre langue de situation: soit que, las de perdre un temps supposé précieux, nous nous plaignions d’atteindre si peu le but décidément lointain, soit que, au contraire, celui-ci nous semble si proche que sa promesse se gonfle d’impression quasi réalisante. Attendre beaucoup c’est autant patienter que réclamer, mettre à distance et toucher presque – comme si une certaine résignation quant au but se muait en exigence quant au résultat. Comme s’il fallait bien que “ça vienne”, à force de demander: “Alors, ça vient?”. Dans une salle d’attente, on ne saurait attendre trop longtemps.

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