Montrer ce qui se montre : répertoire d’épreuves

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Faire avec :

Jacques Lacan, Télévision, éd. Seuil 1974 (1)
Jacques Derrida, L’animal que donc je suis, éd. Galilée 2006 (2)
Daniel Cefaï & Carole Saturno (dir.), Itinéraires  d’un pragmatiste – Autour d’Isaac Joseph, éd. Economica 2007 (3)
Catherine Malabou, Changer de différence – le féminin et la question philosophique, éd. Galilée 2009 (4)
Philippe Descola, L’écologie des autres – L’anthropologie et la question de la nature, éd. Quæ 2011 (5)
Günther Anders, Aimer hier – Notes pour une histoire du sentiment (New York 1947-1949), Fage éd. 2012 (6)
Isabelle Delpla, La justice des gens – Enquêtes dans la Bosnie des nouvelles après-guerres, éd. Presses Universitaires de Rennes 2014 (7)

En italiques ci-dessous, extraits repérés 1 à 7 suivi de la pagination

Montrer ce qui se montre : répertoire d’épreuves

Éventail ou fantôme, le spectre de l’énigme nommée « présent » est supposé ici habiter comme il peut ces livres disparates. Comme eux, il ne traite d’actualité qu’en action, comète plongée dans la proximité d’un avoir-été et d’un à-venir plus soucieux de nourrir aujourd’hui que renvoyer à hier ou demain. « Soucieulogue », dit l’un (3,6) en reprenant une amicale suggestion. Comme eux, il ne touche à tout qu’avec les outils minutieux de l’attention particulière, chaque fois comme une fois exemplaire, cette fois – ou cette foi ? – des histoires qui ne commencent que si et parce qu’on les écoute pour les reprendre encore. Comme eux enfin, sans porteur ni vecteur commun (quel véritable présent serait commensurable?), il ne flotte qu’en halo de différences cherchant leur singularité en signalant leur position (3,48), moins code que chiffre (1,21), énonciation plus que conception (1,71), évitant certes la réification mais aussi la désincarnation (4,43), suivant trace plutôt qu’empreinte (4,72), reconfigurations plus que transparences et même reconnaissances (7,277), travaillant peut-être à ce que l’un d’eux (2,51) appelle limitrophie au sens large et strict : ce qui avoisine les limites mais aussi ce qui nourrit, se nourrit, s’entretient, s’élève et s’éduque, se cultive aux bords de ces limites.

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Participe présent

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Cette recension a été publiée sur le site EspaceTemps.net, le 21/07/2014

À propos de :

Michel Lussault, L’avènement du monde – Essai sur l’habitation humaine de la terre, éd. Seuil, coll. La couleur des idées, 2013.

Jacques Lévy, Réinventer la France – Trente cartes pour une nouvelle géographie, éd. Arthème Fayard 2013.

En italiques ci-dessous, ouvrages cités ML ou JL suivi de la pagination

Participe présent

Habiter est une drôle de chose. La langue m’informe qu’avoir c’est du même coup se tenir (plutôt bien que mal, sans doute), arranger une aptitude (qu’on suppose donc pas tout à fait nulle), s’habiliter en somme à quelque habileté. Diable : les habits qui nous portent, les habitations qui nous logent, les habitudes qui nous traînent – tout cela renverrait donc à des actes (intentions et défis à relever) sinon des valeurs (implications et complications) plus qu’à de “simples” faits? Je croyais “avoir des trucs”, “utiliser des machins” comme tout le monde, et voilà qu’ils s’agitent en demandes impératives, en signes délibérés, en révélations inouïes? Ô Perec et ses Choses! Je sais bien mais quand même: je choisis, achète ou vends, prélève ou rejette, adopte ou me débarrasse – mais de là à penser que ces petits riens quotidiens, ces ménagements de broutilles, signeraient toute une existence, il y a loin, non?

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Des sociologues parmi nous ?

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à propos de:

François DUBET, Sociologie de l’expérience, éd. du Seuil 1994.

Loïc BLONDIAUX, La fabrique de l’opinion – Une histoire sociale des sondages, éd. du Seuil 1998.

extraits cités ci-dessous en italiques

Des sociologues parmi nous ?

Le très fin découpage savant fait reculer presque toujours, et décourage souvent, nos à-peu-près quotidiens. Des “concepts”, disent-ils, que diable: les choses ne sont pas si simples, n’est-ce pas? Pas si simples qu’on puisse les prendre ensemble, cet ensemble menacé d’un tout à la fois, pas loin d’un n’importe quoi doublé d’un n’importe comment. On entend bien, certes, ces doctes scrupules. Ainsi payons-nous de notre poche, quand nous pouvons – et puis apprenons, tout penauds, qu’un prix, un coût, une valeur, font au moins trois de ce seul “fric” de fond de poche que nous croyions familier. Nous voilà tout bêtes. On croyait faire comme tout le monde, parler une langue après tout saisie par tout un chacun, s’entendre même sur un simple geste – mais non: la moindre connaissance éveille mille questions, fait trembler la terre en couche fragile, cassante, déjà brisée. Je ne sais plus ce que je fais ni ce qui se passe, moi qui croyais vivre et penser comme tout le monde. On sait que ce doute, cette critique peut-être, cet étonnement en tout cas, font depuis longtemps l’honneur de l’école, de la science, des études, de la bien-nommée recherche.

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Tout et chacun: des accords inouïs ?

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à propos de:

(1) Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables (1949), trad. Anna Gibson, éd. Flammarion 2000.

(2) Catherine Neveu (dir.), Espace public et engagement politique – Enjeux et logiques de la citoyenneté locale, éd. L’Harmattan 1999.

(3) Jared Diamond, Effondrement – Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005), trad. Agnès Boltz & Jean-Luc Fidel, éd. Gallimard 2006.

(4) Dominique Cardon, La démocratie Internet – Promesses et limites, éd. du Seuil et La République des Idées 2010.

(5) Francis Chateauraynaud, Argumenter dans un champ de forces – Essai de balistique sociologique, éd. Petra 2011.

En italiques ci-dessous: extraits, suivis des numéro et page du livre.

Tout et chacun: des accords inouïs ?

Quand Leporello trouve que tout va mal, son patron en déduit que tout va bien. Reste l’œuvre d’art – admirable comme un miracle humain, inquiétante comme une question qui nous dépasse. Que diable faire avec ça, la rencontre choquante d’absolus mutuellement exclusifs? Le bruit de ce choc dans ce cas, c’est bien sûr la chance de “Don Giovanni” – mais enfin cette histoire finit mal et d’ailleurs nous ne passons pas seulement notre temps à l’opéra.

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Que faire de nos écrans ?

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à propos de:

Dominique Boullier

(1) La télévision telle qu’on la parle – Trois études ethnométhodologiques, éd. L’Harmattan 2003.

(2) avec Franck Ghitalla, Pergia Ghouskou-Giannakou, Laurence Le Douarin, Aurélie Neau: L’outre-lecture – Manipuler (s’)approprier, interpréter le Web, éd. Bibliothèque publique d’information/Centre Pompidou 2003.

Éric Macé

(3) La société et son doubleUne journée ordinaire de télévision, éd. Armand Colin & Institut National de l’Audiovisuel 2006.

(4) Les imaginaires médiatiques Une sociologie postcritique des médias, éd. Amsterdam 2006.

extraits repérés de (1) à (4) cités ci-dessous en italiques

Que faire de nos écrans?

Médiatique” semble un gros mot si l’on songe que nous existons dans cette eau comme poissons à peine nageurs ou baigneurs, plutôt imbus et fondus dans le milieu du flux. Les temps qu’il fait ou qui passent sont-ils seulement montrables, distincts, distants? Ainsi de nos écrans, pas plus sensibles que le halo continu de leur diffusion, fond et bruit d’une atmosphère naturalisée. Écrans/écrins, voiler/dévoiler, médias/immédia(t)s, monde/immonde, aveu/déni…: on sait combien d’étonnantes contradictions tentent de décrire cet air qu’on respire, cet aliment qui nous tient, cet “ordinaire” enfin dont l’extraordinaire même passe en carburant quotidien. D’où, entre ces deux pôles de faits (le flux qui emporte) et d’idées (que diable se passe-t-il?), le fil tendu d’une litanie à peine éveillée, toujours renouvelée: T’as vu? T’as entendu? T’as lu? T’es au courant? Et ainsi de suite.

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L’en-train de (se) faire: une prise philosophique et politique

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à propos de:

François Fédier, Entendre Heidegger et autres exercices d’écoute, éd. Le Grand Souffle 2008.

Starhawk:

Parcours d’une altermondialiste – De Seattle aux Twin Towers, trad. Isabelle Stengers et Édith Rubinstein, éd. Les Empêcheurs de penser en rond 2003.

Femmes, magie et politique, trad. Morbic, éd. Les Empêcheurs de penser en rond 2003.

Loïc Blondiaux, Le nouvel esprit de la démocratie – Actualité de la démocratie participative, éd. Seuil et La république des idées 2008.

Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique – Tirage au sort et politique, d’Athènes à nos jours, éd. La Découverte/poche 2011.

Daniel Cefaï, Pourquoi se mobilise-t-on? Les théories de l’action collective, éd. La Découverte/M.A.U.S.S. 2007.

Frédéric Lordon, Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza, éd. La Fabrique 2010.

En italiques ci-dessous: extraits de ces ouvrages.

L’en-train de (se) faire:

une prise philosophique et politique

De vrais problèmes se terrent probablement sous ceux que nous avons du mal à poser – mais ce mal est entretenu, la difficulté sans cesse renouvelée. Entendons par exemple que “le problème nucléaire”, depuis son alimentation en 1945, ne parvient guère à s’énoncer autrement qu’en répétitions, représentations, alertes, malaises et drames ponctuels de toute sorte – autant d’affres incapables (malgré Günther Anders, Tchernobyl et Fukushima entre autres) de dépasser l’écrasante évidence commune: jusqu’ici, ça va. Quant au “problème écologique” (si tant est qu’il soit différent du précédent), quelle position peuvent lui permettre les mille et une épreuves de ses manifestations quotidiennes? Plus loin encore, autre exemple (mais quel diable d’autre y a-t-il?), “le problème politique” se terre sous des catastrophes (Shoah, Nakba) encadrées de leurs incessants points de suspension génocidaires ironisant nos “plus jamais!”. Une version “française” du “politique” – comique cette fois – enterre quant à elle le cumul et le monopole partitocratique des mandats électifs sous la monnaie courante d’oligarchies rigolardes. Ainsi je n’en finis plus, de moins en moins sûr que nos maux puissent seulement cristalliser en problèmes, notre douleur en réflexion, notre honte en action, et notre détresse en santé sinon salut. De Job ou Qohelet-L’Ecclésiaste jusqu’à Hölderlin, on le croyait pourtant – mais il arrive qu’on s’habitue: des maux si vécus, si courants, si supportables après tout, ne sauraient être posés ou pensés. C’est la vie, non?

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L’éclairage public: une énergie diffuse

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à propos de:

Éveline Pinto (dir.) Pour une analyse critique des médias – Le débat public en danger, éd. du croquant, coll. champ social 2007.

Louis Pinto (dir.) Le commerce des idées philosophiques, éd. du croquant, coll. champ social 2009.

Revue Agone Les intellectuels, la critique & le pouvoir n°41/42 coordonné par T. Discepolo, C. Jacquier & P. Olivera, éd. Agone 2009.

Revue Offensive Divertir pour dominer – La culture de masse contre les peuples, éd. L’Échappée 2010.

Gérard Noiriel Dire la vérité au pouvoir – Les intellectuels en question (nouvelle édition revue et actualisée de Les fils maudits de la République – L’avenir des intellectuels en France, éd. Fayard 2005), éd. Agone 2010.

Noam Chomsky Raison & liberté – Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels, textes choisis, éd. Agone 2010.

Peter Sloterdijk Règles pour le parc humain, suivi de La domestication de l’Être – Pour un éclaircissement de la clairière, trad. Olivier Mannoni, éd. Mille et une nuits – éd. Arthème Fayard 2010.

Bruno Latour

La mondialisation fait-elle un monde habitable?, in Territoire 2040 – Prospectives périurbaines et autres fabriques de territoire, Revue d’étude et de prospective n° 2, pp. 9-18, 2009

Cogitamussix lettres sur les humanités scientifiques, éd. La Découverte 2010.

L’éclairage public:

une énergie diffuse

On s’éclaire comme on peut. On sait que l’éclairage public est un drôle d’objet à beaucoup de titres, tous paradoxaux. D’usage privé mais pour tous, réseau commun mais très divers, comprenant aussi bien l’éclatant gaspillage que la parcimonie avaricieuse, irrésistible engagement à consommer et sourde menace très peu engageante – tout un aménagement invisible (câbles souterrains, sources hors de portée, luminescence diurne dans la nuit noire…) au service de la seule visibilité. Cet objet n’est pas un objet mais une ressource enveloppante que la pratique sociale seule peut distinguer, dans l’actualité de sa demande. De banane bleue en ring, de belt en mégalopole, le minuscule réverbère ne se laisse pas oublier. En vol, pas trop loin du sol, les pauvres hublots de l’avion de nuit laissent voir ces drôles de trous d’aiguille lumineux et agités, mobilisant une “carte” fuyante de rayons, dentelles étranges, neurones poussant ou tirant synapses et dendrites en étoiles terrestres, cosmos de vers brillants ou tentacules perdues. On serait, à moins, tenté par les métaphores sensibles – c’est le cas de le dire. Moi aussi j’essaie de m’éclairer – et qui sait ce que ça donne, de près ou de loin?

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Tout comprendre et rien changer : le destin de l’intelligence ?

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à propos de:

Serge Proulx (dir.), Accusé de réception – Le téléspectateur construit par les sciences sociales; éd. Les Presses de l’Université Laval 1998

Madeleine Akrich, Michel Callon, Bruno Latour, Sociologie de la traduction – Textes fondateurs; éd. Ecole des Mines de Paris, coll. Sciences Sociales 2006

Stuart Hall, Identités et cultures – Politique des “Cultural Studies”, édition augmentée établie par Maxime Cervulle, trad. Christophe Jaquet, éd. Amsterdam 2008

Tout comprendre et rien changer :

le destin de l’intelligence ?

Face à l’urgence de personnes qui meurent dans les rues, quel peut bien être,

au nom de Dieu, l’intérêt des Cultural Studies? (…)

C’est comme si, afin de se protéger eux-mêmes contre une éventuelle défaite,

il leur fallait feindre de comprendre toutes choses et de faire comme si rien n’avait jamais changé.

Stuart Hall (1992)1

On dit “sciences sociales” à tort et à raison. À raison parce qu’on voit mal comment observer sérieusement notre monde sans recherche objective; à tort parce qu’on voit mal comment cette objectivité peut se soustraire à ce qu’elle est censée observer. Identifications incertaines mais continues, nos plus ou moins mal nommées “sociétés” vibrent à ce que l’on dit d’elles, la plus ou moins bien nommée “médiatisation”, aujourd’hui planétaire. Livre d’enquête, texte théorique ou pratique, discours savant – mais aussi opinion déclarée, article publié, point de vue répété jusqu’au stéréotype: tout est traitement. “Traiter”, c’est moins “entre” que “parmi”, moins moyen que milieu: trahir et transmettre, traduire et transformer, traverser et informer, faire voir et déformer. La “révolution” de la connaissance est celle des choses même: à bien regarder et transcrire, à bien noter et observer, nul ni rien ne quitte la vaste prison des conditions – indépassables, sans surplomb ni abstraction. Là-dessus, on n’a jamais manqué de s’agiter, de se distraire, et le plus souvent à plusieurs: idéalismes contre réalismes, relativismes contre absolutismes, universalismes contre culturalismes. Cieux et terres ainsi couverts de barbouillages toujours “nouveaux” iraient bien si, pendant ce temps, la vie sociale elle-même prenait une couleur plus tendre. Or, c’est ce qu’il est difficile de croire. Mieux nous comprenons ses nuances, ses feintes et ses mensonges, plus l’agaçante et grise “réalité” en promet d’autres – on peut toujours courir, on n’en finira jamais.

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Comment et de quoi nous parlons-nous ?

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À propos de :

Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts (éd. Gallimard 1977; coll. Folio-Essais 1985 & 1996).

Qui veut prendre la parole? Ss la dir. de Marcel Détienne, Revue Le Genre Humain, éd. Seuil février 2003.

Karine Espineira, La transidentité – De l’espace médiatique à l’espace public, éd. L’Harmattan, coll. Champs visuels 2008.

Comment et de quoi nous parlons-nous?

Quod omnes tangit ab omnibus debet tractari1

Tous ensemble, tous ensemble!”: dans nos contrées, ce cri est aussi courant qu’étonnant. Crier, c’est ce qui semble venir quand on a autant de mal à se parler qu’à se taire, bref à s’entendre. Or ce cri-ci paraît, de ce point de vue, paradoxal voire énigmatique: rien de plus facile que s’entendre et se trouver ensemble à l’heure de la communication surarmée.

Pas une rue, pas une chambre, pas un bureau qui ne retentisse aujourd’hui de mille appels, forums, blogs et bruits d’un monde surabondant d’informations et de rencontres, de débats et de contacts, de connexions et de reconnaissances de toutes sortes. Le besoin d’être ensemble n’est-il pas satisfait aujourd’hui à la vitesse de nos ondes disponibles à la moindre alerte? “Tous ensemble” n’est-il pas un fait, déjà fait et même tout fait? À quoi bon crier ce qui est à portée de main et de voix?

Un morceau de ces livres rappelle que la Révolution Française fut l’occasion d’une valeur nouvelle acquise par le cri: plus défaite de la civilisation, vocifération de la populace, victoire des passions sur la raison, mais art de convaincre qui s’adresse aux autorités et aux citoyens 2 . Au lieu de la manipulation et de la division, de l’exagération et de la caricature habituellement connotées par le cri, voici la transparence et l’exposition, la proclamation et l’ouverture – une voix nue, enfin, qui exprime le juste et l’injuste sans avoir été dénaturée3 . Dès lors, si le paradoxal “tous ensemble!” paraît d’abord activer les vieux soupçons contre les criailleries, il pourrait aussi bien proclamer la réalité d’une communion ou d’une communauté trahie – jouée – par nos communications incessantes. Notre cri ne serait donc pas énigmatique mais bien problématique ou plutôt problématisant: il pose en problème l’idée qu’il ne suffirait pas de s’entendre à tout bout de champ pour se comprendre vraiment.

Ces trois livres travaillent à leur manière une part au moins des nombreuses questions ouvertes par un tel problème.

Guerre totale

Quand la parole, c’est la guerre est un titre choisi par Jeanne Favret-Saada dès la première partie de son livre paru il y a plus de trente ans. Comme l’indiquent ses rééditions régulières, son influence demeure ineffacée, au moins de l’ethnographie à l’anthropologie contemporaines – et pour cause. “Influence” suppose autant admirations que controverses, et l’ethnographe du Bocage de l’Ouest n’a manqué ni des unes ni des autres: c’est que, pour le dire d’un trait, elle touche à cette boîte de Pandore dont l’ouverture est réputée impardonnable, l’identité de la science la plus haute avec l’expérience la plus basse4 . Nos recherches pointilleuses ne feraient pas mieux que nos pratiques ordinaires. L’hypothèse n’est peut-être pas si nouvelle: de grandes œuvres ont-elles jamais craché dans la soupe populaire? On comprend cependant l’embarras suscité par cette étude, si l’on ose extrapoler si peu que ce soit de la sorcellerie dont elle s’occupe à ce qui a lieu tous les jours: de la parole, mais une parole qui est pouvoir et non savoir ou information… une intention proprement politique Quand on parle de rien, c’est-à-dire de n’importe quoi, de rien qui compte, entre interlocuteurs pour qui la sorcellerie est en jeu, c’est pour souligner la violence de ce dont on ne parle pas. Plus fondamentalement, c’est pour vérifier que le circuit fonctionne, que l’état de guerre est bien institué entre les adversaires5. Or l’extrapolation est non seulement tentante6 mais tentée7 , en touchant de près à notre problème.

Si le lieu commun du langage courant, le milieu de nos échanges quotidiens, n’est pas l’indifférence ou la neutralité pacifante qu’on croit mais l’exercice violent d’une stratégie constamment aux aguets, un procès de parole8 rappelant la sorcellerie, alors il nous faut être attentifs non seulement à ce que nous disons (énoncé) mais encore, et peut-être surtout, à notre manière de nous en charger (énonciation). Agent du destin9 , dit-elle: nous sommes pour quelque chose dans ce que nous disons qu’il (nous) arrive, que nous le sachions et le voulions ou non. D’ailleurs il n’est pas sûr que nous ne le sachions ou ne le voulions pas (ou aussi peu qu’on suppose): on ne s’ensorcelle jamais qu’entre égaux ou entre partenaires inclus dans une relation d’inégalité relative: il faut qu’il y ait interaction réelle – ou matérielle- entre le sorcier et l’ensorcelé pour que le discours produise son effet10 . Ne sommes-nous pas ensorcelés par ou dans le cri “tous ensemble!”, proféré au moment même où son énoncé saute aux yeux quand son énonciation fait croire stupidement à son absence? Proprement sorcier, le cri dirait l’indicible, innommable, incomparable, ce dont nul n’a jamais pris la mesure – en figurant ce qui, de soi, échappe à la figuration11 , bref en nommant ou symbolisant une situation impossible ou insupportable à laquelle, du coup, on a quelque chance d’échapper.

Appeler ce cri “autosuggestion”, reléguer dans l’irrationnel ce qui est en réalité un remarquable effort d’affronter l’irrationnel en lui imposant une mise en forme symbolique12 – voilà ce qui certes demeure possible: nous avons autant de mal à ne pas rire devant les sautillants tambours du “tous ensemble!” qu’à prendre au sérieux les histoires de sorciers. Plus sérieusement pourtant, notre hésitation tient bien à l’inquiétante extrapolation à partir de l’admirable travail local de la chercheuse. Celle-ci a beau jeu – et nous sommes contents pour elle qui fait partager sa joie – d’y trouver les outils dépassant les pieuses vertus traditionnelles de sa propre science (= les craintes devenues comiques: Ne pas participer! Ne pas subjectiver!) – mais elle nous laisse ainsi devant l’hypothèse de la guerre totale, et ses craintes moins comiques. Elle-même souligne d’ailleurs les dures raisons de cette inquiétude:

Il me paraît essentiel de remarquer ici que la fascination exercée par les histoires de sorciers tient avant tout à ce qu’elle s’enracine dans l’expérience réelle, encore que subjective, que chacun peut faire, en diverses occasions de son existence, de ces situations où il n’y a pas de place pour deux, situations qui prennent dans les récits de sorcellerie la forme extrême d’un duel à mort. Pour qu’un effet de conviction et de fascination puisse être produit par ces récits, il faut bien que ce registre de l’expérience subjective, sous quelque forme que ce soit, existe réellement et que nul n’y puisse échapper… Sans quoi l’on ne pourrait comprendre… pourquoi j’ai été moi-même rassembler ces récits sans jamais me laisser rebuter par la difficulté de l’entreprise et pourquoi je les transmets aujourd’hui à des lecteurs dont on peut bien supposer qu’ils ne sont pas engagés tout à fait par hasard à me suivre dans cette entreprise13 .

Cette situation agonistique de toute parole, sans issue autre que la guerre continue, sommes-nous prêts à l’assumer au-delà de rares circonstances? Acceptons-nous de ne nous parler jamais qu’à la façon sorcière, en masquant une part de la réalité parce que cette occultation serait à la fois limite et condition de l’efficacité de notre discours14 ?

Un singulier pluriel: similitude et égalité

Pas moins de vingt auteurs sont engagés dans les quelque quatre cents pages de cette revue savante. La question fort simple du titre couvre en réalité une exploration historienne et anthropologique qui ouvre au lecteur d’insoupçonnés paysages politiques: du Nord au Sud de l’Afrique, de la France ou de l’Italie au Japon médiévaux, de l’ancienne agora grecque au cercle cosaque en passant par l’Assemblée Constituante ou les Commons, et enfin de la Mésopotamie ancienne ou récente jusqu’aux îles du Pacifique. C’est à cet ébouriffant exotisme que résiste la simplicité du titre, en rappelant pour nous au passage la leçon du livre précédent: où que nous allions dans l’étrange ou l’étranger, dans les commencements ou dans les confins, il n’est pas sûr que nous soyions si loin de nos pratiques ordinaires. “Le genre humain” dit ici fort bien son nom.

Quoi qu’il semble audacieux de résumer à un cadre les éclats de ce comparatisme expérimental, constructif, ouvert et surtout pas global15 , les mots “exercice” et “invention” diraient assez bien ce que ces études mettent au jour à propos des pratiques d’assemblée. Prises de parole et délibérations, décisions et négociations, accords et désaccords, formation et manifestation de l’opinion commune, dispositifs et rituels spatio-temporels: nos affaires publiques montrent d’abord d’inextricables compositions qui rendent vaine toute tentative de distinguer fins et moyens. L’invention de l’assemblée est autant le refus de s’en tenir à la spontanéité du rassemblement que celui de se reposer sur une institution, pouvoir ou autorité décrétés intangibles. Les très nombreux exemples ici examinés avec la plus minutieuse érudition éveillent tous cet étonnement: tout se passe comme si nous ne nous contentions jamais de ce qui existe, au profit d’une réalité politique risquée, dont la seule maturation porte la légitimité16 .

Si nous sommes évidemment loin de la crudité sans phrase du cri, nous sommes fort proches du problème qu’il figure à sa manière: la nécessité d’une sortie hors des chemins tout tracés, le paradoxe de l’évidence (sentie et démontrée) que rien n’est évident, la preuve que quelque chose d’autre demeure toujours possible. Exemples, entre beaucoup d’autres fournis par ces études:

Puisqu’il s’agit de parler-ensemble plutôt qu’être-au-monde-avec17 , le Bill of Rights sud-africain de la fin du XXe siècle met au-dessus de tout le droit de se réunir et de manifester, de tenir un piquet et de pétitionner18; au Japon médiéval, on trouve, dans l’expression des conditions délicates de la parole publique, le devoir de ne pas taire sa pensée ni s’humilier trop ouvertement, tandis qu’on préfèrera les cœurs à l’unisson aux décrets de l’État19 ; le rarissime féminisme de la société Sénoufo impose à l’assemblée une persona, seul sujet d’énonciation publique, transcendante et pourtant non divine ni sacrée, à la vocation égalitaire et pourtant non individualiste, dont les commissionnaires ne sont ni représentants ni mandataires même relatifs, transmettant ainsi des principes politiques épurés des inégalités, des pressions et de la force des solidarités lignagères ou locales20 ; celui dont le nom a été crié (jamais par lui-même) au titre de candidat lors d’une assemblée cosaque rentrera chez lui pour ne pas être soupçonné d’avoir influencé la foule, et, ramené dans le cercle s’il est élu, devra non seulement opposer une résistance symbolique mais refuser au moins deux fois l’honneur qui lui est fait avant d’accepter et de se voir aussitôt maculé de neige ou de boue pour rappeler qu’il n’est que le serviteur de la communauté 21; dans telle partie de la Circassie, l’hôte est tenu d’épouser la querelle de son invité, quels que soient les causes de sa fuite et les griefs de ses poursuivants – loi fondamentale de l’éthique caucasienne22 ; à Bahreïn, les religieux chiites murmurent leur discours à l’oreille d’un disciple qui le prononce ensuite à voix haute23

De telles pratiques imposent l’impression d’un jeu permanent, même si les tentatives visant à établir des lieux d’égalité semblent avoir été clairsemées24 . À la manière de cette “démocratie pure” pensée dans un projet intitulé “Idées à developper” soumis aux citoyens de Marseille par la section 1825 (en 1793), on a moins affaire à des pratiques représentatives qu’à des pratiques cognitives, où chaque citoyen cherche dans ses ressources et ses connaissances un nouvel espace public de réciprocité26 . Récits et traductions, porte-voix plutôt qu’incarnations, font voir une émotion devenue sens et action, un devenir-peuple27 qui ne tient qu’à l’engagement dans la pratique collective pluridéterminée, le rêve d’une individualité sans individualisme28 , dont il faut dire enfin la raison. Le directeur de cette publication la donne29 :

L’avantage du “s’assembler”, c’est d’être une catégorie ni trop fortement classante, ni de portée trop faible. Entre le singulier et le pluriel, un geste concret s’esquisse, des pratiques s’ébauchent, un procès est en cours.

Pas la seule voie, sans doute, mais sûrement celle qui montre au plus près la fine pointe sur laquelle tient toute politique démocratique: l’arrangement des similitudes que sont aussi nos différences ou nos écarts d’identité, avec cette chose commune nommée égalité. En conseillant finalement au lecteur d’être volontiers nomade et d’aimer se sentir “forain chez tous”, étranger et de passage où qu’on soit30 , le même auteur donne de cet arrangement une version prudente mais pas moins suspendue entre attente et réalisation.

Reste à savoir si les leçons conjointes de la sorcellerie dangereuse et des assemblées risquées sont encore repérables aujourd’hui, au cœur de la “communication-sans-communication” où nous nous trouvons. C’est précisément ce que le troisième livre choisi ici permet d’expérimenter.

Nous traduire

Un être impossible à décrire, elle/lui-même pris ou prise dans un espace indescriptible où du rationnel se bat vertigineusement avec son propre irrationnel, lieu de transit pour apatride, silhouette floue, réponse folle mais autorisable à une idée folle mais indéracinable, diversité de la plus petite minorité dans la minorité même 31… En rappelant autant l’ambiance sorcière que les affres du “s’assembler”, ce genre de perspectives nous dit la difficulté d’en finir avec ce “nous” que “tous ensemble!” ne parvient décidément pas à dire. Une (et non “la”!) transidentité n’est pas plus exceptionnelle que la plus petite ou la plus grande de nos particularités.

De son terrain d’emblée effrayant – vingt ans de mass media consacrés à son sujet! – la chercheuse reconnaît vite le destin: Tout nouveau venu sur la scène médiatique est immédiatement positionné dans l’esprit du public. Cette opération n’est finalement qu’une réduction et atteint toujours la caricature. L’image est condamnée à subir la loi de la simplification32 .

Simplification mais peut-être pas simplisme: c’est l’honneur proprement critique de l’attention savante, on l’a vu, que de trouver de quoi lire ou comprendre jusque dans les pratiques réputées les moins nobles. Sorcelleries et bricolages politiciens nous ont bel et bien appris à prendre au sérieux de l’esprit ce que l’esprit de sérieux néglige si souvent. C’est le cas ici également: des singularités s’exercent, à l’écart de l’intégration anonyme comme de la valorisation narcissique33 ; une perspective enfin perceptible de ce qui fait la pluralité de l’humanité34 se dessine. Des résultats, voire des solutions, s’ébauchent: la levée de l’énigme réciproque se discute en positions même controversées, ouverture et authenticité se déclinent en refuges sémantiques provisoires mais nécessaires, en compositions freestyle, en alternatives protocolaires, et même en autodérision35 . La recherche ainsi engagée, dans tous les sens de ce terme, peut proposer ce résumé:

Considérons alors les personnes transsexuelles et transgenres comme un groupe constitué d’autant de profils que le spectre des couleurs. Isoler une longueur d’onde ne permet de décrire qu’une infime partie de l’arc-en-ciel. Une couleur se différencie de l’autre sans être en rien supérieure à une autre en terme de valeur d’existence… La difficulté de parler à plusieurs d’une seule voix n’est pas propre à un groupe plus qu’à un autre, elle est un fait intemporel propre à l’humanité entière36 .

Éthiopiens et Ivoiriens, Arabes et autres Cosaques du “Genre Humain” nous ont balbutié la même chose, qu’ensorceleurs et ensorcelés du Bocage évoquent en secret: nous ne serons jamais tous ensemble qu’à la suprême et souveraine condition de ne parler qu’à la pluralité de nos voix singulières, que l’on crie, que l’on murmure ou que l’on cèle. Pas une des pratiques examinées par ces livres qui ne relève d’une égalité fondamentalement commune, si l’on entend par là la banalité ordinaire de la non-discrimination. Nous ne nous passons de rien, du plus drôle au plus tragique, du meilleur au pire. Le fait même qu’on trouve, avec ces recherches, apparemment tout et peut-être même n’importe quoi, est une raison de plus d’avancer l’hypothèse: tout se passe comme si nous autres considérions l’arc ou le cercle des possibles comme toujours ouverts – non parce que nous ignorerions toute limite, mais parce que nous ne devons ni ne pouvons nous passer de les explorer une à une, en leur demandant les comptes – preuves et épreuves – les plus maniaques, en en attendant certes les sorts les plus inquiétants, mais aussi les chances les plus réjouissantes. Est-ce trop demander que de nous parler ainsi, ici et maintenant?

Gilles Clamens – gilles.clamens@wanadoo.fr

1 “Ce qui concerne tout le monde doit être discuté par tous”, cité in Qui veut prendre la parole? par Hélène Millet: Chanoines séculiers et conseils de prélats en France, à la fin du Moyen Âge; p. 104.

2Sophie Wahnich, Recevoir et traduire la voix du peuple (ibid. p.349-372).

3 ibid., p.359.

4Un exemple (op. cit., p.54): Qu’il ne puisse exister d’énoncé qui ne se soutienne de sa relation à un sujet de l’énonciation, c’est pourtant ce que nous enseignent les progrès récents de la linguistique et l’expérience la plus commune.

5 ibid., p.26-27.

6 ibid., p.27: une note indique que le linguiste Jakobson repère un prototype de ce discours/guerre dans l’énoncé “Allô, vous m’entendez?”!!!

7 Dans la période récente, de part et d’autre de l’Atlantique, on peut citer Starhawk ou Donna Haraway, l’une et l’autre souvent commentées par Isabelle Stengers, par exemple in Philippe Pignarre & Isabelle Stengers, La sorcellerie capitaliste – Pratiques de désenvoûtement : Ce qui réussit à faire coïncider asservissement, mise au service et assujettissement, production de ceux et celles qui, librement, font ce qu’ils ont à faire, a un nom depuis longtemps. C’est quelque chose dont les peuples les plus divers, sauf nous les modernes, savent la nature redoutable et la nécessité de cultiver, pour s’en défendre, des moyens appropriés. Ce nom est sorcellerie (éd. La Découverte-Poche 2007, p.54).

8 Jeanne Favret-Saada, op. cit. p.51.

9 ibid. p.196.

10 ibid. p.195.

11 ibid. p.131-132.

12 ibid. p.213.

13 ibid., p.128.

14 ibid., p.329.

15 Marcel Détienne, Retour sur comparer et arrêt sur comparables (op. cit. p.417-418).

16 De cette réalité, Gabriella Rosseti donne la meilleure formule: Le modèle politique est un modèle réalisé, et non spontané ou conçu en théorie, il se fixe des objectifs chaque fois très clairs, n’est pas répétitif, ni dupliqué par imitation, mais mûri par l’expérience. (Entre Pise et Milan, op. cit. p.238).

17 Marcel Détienne, Des pratiques d’assemblée aux formes du politique (op. cit. p.22).

18Everyone has the right, peacefully and unarmed, to assemble, to demonstrate, to picket and to present petitions (cité par Philippe-Joseph Salazar, Afrique du Sud – Éloges démocratiques, op. cit. p.33).

19 Pierre-françois Souyri, Des communautés monastiques dans le Japon médiéval (op. cit. p.90 & 92).

20 Andras Zempléni, Les Assemblées secrètes du Poro Sénoufo (Nafara, Côte d’Ivoire) – (op. cit., p.107 à 140, passim).

21 Iaroslav Lebedynsky, Les Cosaques – Rites et métamorphoses d’une “démocratie guerrière” (op. cit. p.152).

22 Georges Charachidzé, En Circassie: comment s’occuper du gouvernement des hommes (op. cit. p.192).

23 Yves Schemeil, Entre le Tigre et le Nil, hier et aujourd’hui (op. cit. p.295).

24Quelques clairières au milieu de la grande forêt des inégalités féroces et des hiérarchies naturelles, ajoute Marcel Détienne (Des pratiques…, loc.cit., p.27-28).

25 Jacques Guilhaumou, Un argument saisi dans le mouvement démocratique: la souveraineté délibérante, à Marseille (op. cit. p.339).

26 ibid. p.344-345.

27 Sophie Wahnich, loc. cit. p.349-350.

28 Marc Abélès, Revenir chez les Ochollo (op. cit. p.404).

29 Marcel Détienne, Retour sur…, loc. cit. p.419.

30 ibid. p.428.

31 Karine Espineira, op. cit. passim.

32 ibid. p.52.

33 Maud-Yeuse Thomas, citée ibid. p.15 & 147.

34 ibid. p.25.

35 ibid. p.27, 35, 40, 72, 103 & 121.

36 ibid. p.155 & 168.

 

Premier chapitre

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LA SANTÉ

DE

L’OPINION

Premier chapitre

L’opinion et les médias

omne bonum est diffusivum sui

Hegel n’avait guère prévu qu’à l’heure de la prière du philosophe, l’oiseau de Minerve, chaussé de lunettes multimédias, serait tant requis par la lumière aveuglante des affaires du jour. Cause entendue et aussitôt avalée: la néo-chouette fait sa pelote bien propre, serrée, opaque. “Laissez-nous informer et communiquer”, disent les uns; “tous menteurs”, disent les autres. Au mieux crachons sur les médias dont nous vivons, sachant et disant que ça ne sert à rien.

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