Capitaine Ad hoc ou l’intérêt d’ajouter pour ajuster

télécharger au format .pdf

Faire avec :

Sophie Houdart & Olivier Thiéry (coord.)

Humains, non-humains –

Comment repeupler les sciences sociales

éd. La Découverte 2011

Extraits cités ci-dessous en italiques

suivis du nom de l’auteur et pagination

Capitaine Ad hoc

ou

L’intérêt d’ajouter pour ajuster

Collé à sa bouteille ou très empêtré (portes ou escaliers, sparadrap ou pétard, mais aussi rochers, yéti, vache ou lama), le héros de Hergé y pense peut-être: en ce monde que nous croyons nôtre pour seulement “y être”, choses et bêtes ne se laissent pas oublier. Nous sommes là, hic et nunc, et puis voici hoc, de rude panne en simple résistance, de travers en complications, de défauts en faillites, de retours en rebours – bref un “réel” insoumis à la trop évidente “réalité”. Qu’est-ce qui “lui” prend? Pour qui ou quoi se prend-“il”? Comment s’y prendre, avec pareil polymorphe s’obstinant à tout instant?

Lire la suite

QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

Télécharger au format .pdf

À propos de :

Dominique BOULLIER, Derrière chez moi… Le bois de Sœuvres à Rennes; éd. Textuel 2001. (1)

Patrick CINGOLANI, La république, les sociologues et la question politique; éd. La Dispute 2003. (2)

Philip PETTIT, Penser en société – Essais de métaphysique sociale et de méthodologie; tr. fr. A. Bouvier, B. Guillarme, P. Livet, A. Ogien; éd. PUF 2004. (3)

James SUROWIECKI, La sagesse des foules; tr. fr. E. Riot; éd. JC Lattès 2008. (4)

Serge REGOURD, Vers la fin de la télévision publique? Traité de savoir-vivre du service public audio-visuel; éd. de l’attribut 2008. (5)

Dominique CARDON & Fabien GRANJON, Médiactivistes; éd. Presses de la FNSP 2010. (6)

Alain BADIOU, Pierre BOURDIEU, Judith BUTLER, Georges DIDI-HUBERMAN, Sadri KHIARI, Jacques RANCIÈRE, Qu’est-ce qu’un peuple?; éd. La fabrique 2013. (7)

Extraits de ces ouvrages, repérés ci-dessous en italiques de (1) à (7)

QUE FAIT (ce qu’on appelle) “ON” ?

Extraire de publications plutôt récentes une poignée de celles qui répondraient à cette question relève évidemment de la bizarrerie. “On” n’est pas un sujet. L’assujettissement ici ne renverrait qu’à l’indéfendable arbitraire, récent ou pas. “On” est partout donc nulle part, de tout âge, terrain ou domaine, donc d’aucun – passoire ou filtre absurde, capable d’arrêter ou laisser passer au hasard moucherons ou chameaux, puces comme éléphants. Pourquoi diable tenter de suivre pareil non-sujet?

Lire la suite

Des sociologues parmi nous ?

Télécharger au format .pdf

à propos de:

François DUBET, Sociologie de l’expérience, éd. du Seuil 1994.

Loïc BLONDIAUX, La fabrique de l’opinion – Une histoire sociale des sondages, éd. du Seuil 1998.

extraits cités ci-dessous en italiques

Des sociologues parmi nous ?

Le très fin découpage savant fait reculer presque toujours, et décourage souvent, nos à-peu-près quotidiens. Des “concepts”, disent-ils, que diable: les choses ne sont pas si simples, n’est-ce pas? Pas si simples qu’on puisse les prendre ensemble, cet ensemble menacé d’un tout à la fois, pas loin d’un n’importe quoi doublé d’un n’importe comment. On entend bien, certes, ces doctes scrupules. Ainsi payons-nous de notre poche, quand nous pouvons – et puis apprenons, tout penauds, qu’un prix, un coût, une valeur, font au moins trois de ce seul “fric” de fond de poche que nous croyions familier. Nous voilà tout bêtes. On croyait faire comme tout le monde, parler une langue après tout saisie par tout un chacun, s’entendre même sur un simple geste – mais non: la moindre connaissance éveille mille questions, fait trembler la terre en couche fragile, cassante, déjà brisée. Je ne sais plus ce que je fais ni ce qui se passe, moi qui croyais vivre et penser comme tout le monde. On sait que ce doute, cette critique peut-être, cet étonnement en tout cas, font depuis longtemps l’honneur de l’école, de la science, des études, de la bien-nommée recherche.

Lire la suite

Que savons-nous de nos opinions ?

télécharger au format .pdf

 

À propos de:

Theodore W. ADORNO, Études sur la personnalité autoritaire, trad. de l’anglais par Hélène Frappat; éd. Allia 2007.

Patrik LEHINGUE, Subunda – coups de sonde dans l’océan des sondages; éd. du croquant, coll. savoir/agir 2007.

Que savons-nous de nos opinions?

Drôle de question, si l’on tient que mon opinion est précisément tout ce que je crois à peu près savoir, tout de même! La première discussion venue, entre amis ou voisins, montre bien que ce à quoi nous tenons ainsi est ce à quoi nous tenons le plus: mon opinion, n’est-ce pas justement ce que j’ai fait non seulement de mon savoir mais aussi de mon expérience? N’est-ce pas justement l’admirable noblesse commune, qui consiste à “avoir ses idées”, aussi discutables soient-elles – et justement parce qu’elles peuvent l’être? Que vaudrait une discussion sans sa matière, le discutable lui-même? À bien y penser, il est du coup très bizarre que nos sciences soient tant réputées pour avoir, dit-on (enseigne-t-on, juge-t-on…), balayé les opinions, éliminé ce sol commun de nos conversations, comme autant d’erreurs et d’illusions plus ou moins volontaires. Comme si nous passions notre temps à nous leurrer, en dehors de l’étude! Ce que nous croyons sol et terre, ce solide attachement aux pieds (à la lettre et à l’esprit) de “ce que nous pensons” au point d’en discuter à la première occasion, parce que nous y tenons tant – ne serait que cendre ou poussière? Allons donc: quelque chose cloche, ici – mais quoi?

Lire la suite

Le crime du peuple au nom du peuple

Télécharger au format .pdf

À propos de:

Louise L. Lambrichs, Nous ne verrons jamais Vukovar;éd. Philippe Rey, diff. Seuil 2005.

Jean Hatzfeld, L’air de la guerre; éd. de L’Olivier 1994.

Georges-Marie Chenu, in Dernière guerre balkanique?, ss la dir. du général d’armée (cr) Jean Cot, éd. L’Harmattan, Fondation pour les Études de Défense 1997.

Le crime du peuple au nom du peuple

Pourquoi semble-t-il si difficile de parler politique? Depuis Platon et Aristote en passant par Rousseau, la question nous travaille encore. John Dewey pouvait écrire, en 1927: “Dans la plupart des milieux, il est devenu difficile de soutenir une conversation sur un thème politique; et quand la conversation s’engage, elle est rapidement écartée d’un bâillement” (Le public et ses problèmes, trad. J. Zask, publications de l’Université de Pau Farrago/Léo Scheer 2003, p.148) Comme difficulté, c’est aujourd’hui un haut mur. Les moyens de communication de masse affichent ou mettent en scène divers bords politiques dont la confrontation n’a pratiquement jamais lieu. Étonnant paradoxe: s’il y a discussion, le public est réduit au rôle passif de spectateur ou de consommateur (au mieux on le fera “parler” à travers la muselière de sondages); mais au moment où le public pourrait intervenir, la discussion n’a plus lieu: on le réduit au rôle de militant venu conforter sa chapelle. Même mépris de ce qu’on appelle “politique”, si l’on entend par là les raisons de nos accords et de nos désaccords – public réduit au silence: impénétrable sur le plateau, bénisseur au meeting. Pourquoi?

Lire la suite